
Moorea : le Grand Blanc avec une chaussure noire
Jouons un peu avec les effets pervers de la communication et la psychose qui a animé l’île de Moorea
Moorea, Polynésie française, 6 octobre 2007…
“Les envahisseurs”
Le requin blanc : cet animal mythique venu du fond des océans. La destination de 2 d’entre eux en ce jour du 6 Octobre 2007 : la baie d’Opunohu, à Moorea, Polynésie française. Leur but : pas vraiment connu, peut-être se taper un blanc. Le pêcheur de Moorea les a vus ! Pour lui, cela a commencé par une journée pas si sombre, à 12m de profondeur, tandis qu’il cherchait un chenal que jamais il ne trouva. Cela a commencé par un lagon calme et par un homme que la Hinano avait sans doute rendu trop las. Cela a commencé par 2 requins blancs Carcharodon carcharias qui se baladaient à 12m de fond dans une passe, venus d’un autre coin du Pacifique. À présent, David Vincent (appelons-le comme cela puisqu’il veut garder l’anonymat) sait que les envahisseurs sont là , qu’ils ont pris une apparence de requins citron, il s’est fixé pour tâche de convaincre un monde incrédule car il sait que le cauchemar a déjà commencé…
Ils sont là !
Le pêcheur l’affirme, il a vu de ses yeux 2 requins blancs. Domage, il était seul et n’est pas une personnalité de la biologie sous-marine. Domage aussi, il n’avait pas son dernier Nikon Coolpix P5100 avec caisson Fantasea et flash Sea&Sea. Pourtant - et franchement pas pour paniquer - il prévient la gendarmerie, qui hésite à fermer une plage - mais il ne faut pas paniquer ok ? - mais se met en alerte - mais pas pour paniquer on le sait - .
Comme la rubrique des chiens écrasés vend d’avantage que les avis du politologue à la mode, la presse papier locale couvre gracieusement ses pages quotidiennes de cette histoire du pêcheur qui certifie avoir vu 2 Grands Blancs, dont un petit Blanc, mais juste pour la route.
Certes, une histoire dont on ne connait pas la véracité, mais une fois de plus la rigueur journalistique a su démontrer sa grandeur en placardant des pages pendant plusieurs jours sur un thème qui effraye, sur le seul témoignage furtif d’un homme en action. Bien évidemment, aucun élément ne peut affirmer qu’aucun Grand Blanc ne puisse venir se taper un séjour dans le coin, un tiare à l’oreille, mais la Polynésie a eu droit à son quart d’heure de gloire grace à des articles laissant croire à la venue de deux grands méchants tueurs d’Homme à quelques centaines de mètres de la côte. On a évité de peu les battues, mais de peu… puisque des têtes de thons et autres apâts grillagés ont été placés à l’endroit où David Vincent… non pardon … le pêcheur avait aperçu les 2 squales aux dents longues. Sans doute étaient-ils en escale seulement, puisque l’appât est resté intact, et l’alerte levée. Mais… sont-ils là ? sont-ils venus ?
Les experts ont pu s’exprimer et donner chacun son hypothèse, histoire de montrer qui a le plus raison et est le plus expert de tous. Cette espèce de requin n’a jamais été observée dans ces eaux qui semblent bien loins de leur “habitat” usuel. Température de l’eau, observations… rien ne concorde. Alors oui, c’est vrai, on peut toujours prétendre que rien n’est inpossible, mais on pourrait au moins se rendre compte que c’est improbable. Et la rigueur consisterait alors à chercher avant d’alarmer et de faire du bruit autour de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours.
En attendant que nous les retrouvions en vrai, prodigons à chacun quelques conseils pour reconnaître un Carcharodon carcharias qui serait de passage en Polynésie :
- il est entouré d’une nappe d’huile de de monoï
- il a un pagne de danse fait en pandanus
- imparable, il a une fleur de tiare à l’oreille (à droite s’il est dispo, à gauche s’il est déjà pris)
- il a des coups de soleil sur son flanc blanc
La côte française avait vécu cet été “les dents de la mer”, il fallait bien que la Polynésie, qui veut gagner en autonomie, se dote d’un événement à sensation.
La semaine prochaine dans votre webzine : “Les ours attaquent Papeete”
Rubriques parentes: Actualités





Inscription
Contact
Presse
Publicité
A propos de



le 15 octobre 2007 à 0:51
j’ai bien rigolé en lisant cet article !!!
je me réjouis déjà de la semaine prochaine avec l’attaque des ours… blancs les ours bien entendu
le 15 octobre 2007 à 12:28
Pour la semaine prochaine, les ours, ils sont polaire hein ???
le 15 octobre 2007 à 19:09
Je devrai rajouter les miniatures des pages publiées pendant près d’une semaine dans le ou les quotidiens… Des plongeurs se sont même mis à plonger avec des repoussoirs à requin !!!
le 17 octobre 2007 à 7:48
Ia Orana,
Etant informé de cet article, je tenais à ajouter quelques précisions à la décharge du pêcheur.
Je lui ai parlé au téléphone, et en entendant le timbre de sa voix, croyez moi, je le pense sincère. Non pas qu’il ait vu des requins blancs, mais sur la frayeur qu’il s’est fait. Qu’ une personne non avertie se trompe sur l’identification d’un requin, cela peut arriver, mais que des journalistes amplifient ce fait divers dans le seul et unique but de vendre du papier en jouant avec l’incrédulité des gens, je trouve ça beaucoup moins normal.
Il m’a également confirmé que le lobe supèrieur de la caudale était bien plus grand que le lobe inférieur, le sujet est donc clos, ce n’est pas “le grand blanc à la chaussure noire”! Quand j’ai appris cela, j’ai averti ce fameux média en manque de lecteurs, et pensez vous qu’ils aient signalé que le pêcheur est désolé de s’être trompé! Pas du tout, biensûr…
A la semaine prochaine, pour ce fameux “ours”…
Nicolas
le 17 octobre 2007 à 8:51
Je vous rassure, et le plus sincèrement, je n’ai nullement cherché à me payer la tête du pêcheur, je l’ai seulement mis en scène dans une critique à l’encontre des medias qui ont créé du sensationnel.
Et on s’y serait cru (dans JAWS in Moorea).
Le fait en lui-même était à prendre au sérieux, et le nombre allucinant de pages qui ont suivi l’a été aussi, avec intervention de personnes dont peu peuvent se qualifier de spécialistes.
Boutade, râlerie contre le sensationnel, un peu de bonheur, et c’est pour cette raison que j’ai réussi à faire danser un grand blanc, photo à l’appui.
Dès que je vois l’ours en polaire, je vous préviens.