Ouvrez ce bandeau pour des informations importantes sur le site ou la plongée sous-marine!
La carte privilèges des plongeurs et voyageursLa Carte Plongeur.com
Une carte et des avantages pour les plongeurs et les voyageurs!
Le magazine de la plongée sous-marinePlongeur.com Magazine #5
Téléchargez le dernier numéro du mag plongée qui vous embarque!
>63005186191973479220031

Bikini : un sanctuaire marin classé au Patrimoine mondial de l’Unesco


Bikini : un sanctuaire marin classé au Patrimoine mondial de l’Unesco

Dans toutes les mers du globe il existe des lieux historiques, chargés d’aventures et souvent de drames, où tout plongeur passionné d’épaves rêve de s’immerger. L’atoll de Bikini en fait parti et le site vient enfin d’être classé au Patrimoine mondial de l’humanité. C’est le moment de se souvenir de l’apocalypse nucléaire qui s’est abattue sur ce paisible atoll de Micronésie et des glorieux monstres d’acier qui y gisent par soixante mètres de fond.


BI… KI… NI… Trois syllabes qui symbolisent eaux turquoise, sable blond, cocotiers et jolies jeunes femmes en maillot deux pièces. Le mot « bikini » a été rendu célèbre grâce à Louis Réard, qui en homme d’affaire avisé, a eu l’audace de créer ces deux petits bouts de tissus que nous portons toutes avec la plus grande élégance (à vérifier, les avis sont partagés !).
Pour l’anecdote, la première présentation à la presse de ce fameux maillot de bain s’est déroulée le 5 juillet 1946 à la piscine Molitor, porté par Micheline Bernardini, célèbre danseuse du Casino de Paris qui fut la seule à l’époque à oser dévoiler son nombril devant les photographes.

Bikini - Survol de l’atoll de Bikini
Survol de l’atoll de Bikini - © Claude Rives - Merimages

L’explosion de cette petite bombe médiatique parisienne a eu lieu quatre jours après celle de la vraie, dans l’atoll de Bikini : « Able », la quatrième bombe atomique mondiale, surnommée « Gilda » en référence à un film où Rita Hayworth interprète le rôle d’une dangereuse héroïne.
Pourquoi les catastrophes portent-elles le plus souvent des prénoms féminins ?

Bikini - Vue d’explosion atomiqueVue d’une explosion atomique tirée de ce site.

La 34e session du Comité du patrimoine mondial, qui s’est terminée à Brasilia le 3 août dernier, vient d’ajouter à sa Liste 21 biens supplémentaires, dont celui de l’atoll de Bikini (République des îles Marshall / océan Pacifique et pour les pointilleux, latitude : 11° 36′ 14 ” Nord - longitude : 165° 23′ 23” Est).
D’après certaines délégations, il semblerait que cette décision constitue une étape vers le désarmement nucléaire… Alors rêvons.

Bikini -Canon anti-aérien sur le pont du sous-marin américain USS Apogon.Canon anti-aérien sur le pont du sous-marin américain USS Apogon. Profondeur : moins 54 mètres. Le sous-marin USS Apogon (SS-308) a été coulé par la bombe “Baker” le 25 juillet 1946. Entre 1943 et 1946, il a effectué huit patrouilles dans le Pacifique au cours desquelles il a détruit trois navires japonais et en a endommagé de nombreux autres. - © Claude Rives - Merimages

La flotte fantôme du Pacifique

En juillet 1946, afin de parfaire ses connaissances sur les effets de l’arme atomique, l’armée américaine rassemble une flotte cobaye dans le lagon de Bikini afin d’étudier ses effets sur des bateaux de guerre.

Bikini - La passerelle du cuirassé japonais Nagato
La passerelle du cuirassé japonais Nagato.
Le Nagato, navire amiral de la flotte japonaise, fut capturé après une interminable course-poursuite à travers le Pacifique. C’est de cette passerelle que l’amiral Yamamoto donna l’ordre d’attaquer Pearl Harbour et qu’il reçu le message : « Tora, tora, tora » lui signifiant le succès de l’attaque surprise.
- © Claude Rives - Merimages

Nom de code : Opération Crossroads.
Une centaine de navires sont acheminés sur le site : des unités prestigieuses de l’US Navy, certaines en fin de service et d’autres endommagées lors des derniers combats. Mais également des prises de guerre, symboles écrasants de la victoire, tels le cuirassé japonais Nagato qui commandait l’attaque contre Pearl Harbour ou le croiseur lourd allemand Prinz Eugen, fierté de la Kriegsmarine.

Bikini - L’étrave de l’USS Lamson
L’étrave de l’USS Lamson se dresse verticalement à 65 mètres de fond. En 1937, il a participé aux recherches pour retrouver l’aviatrice Amelia Earhart, disparue en mer. - © Claude Rives - Merimages

Ces cibles contenaient une grande partie de leur armement : canons, torpilles, bombes et même des avions. A l’intérieur et sur les ponts sont installés des capteurs capables de mesurer la température, la pression et la luminosité lors des explosions.
Dans un même temps, 42 000 personnes (dont 37 000 marins) et 150 bateaux de soutien participent à l’opération.

Bikini - Torpilles disposées sur le pont de l’USS Lamson
Torpilles disposées sur le pont de l’USS Lamson. - © Claude Rives - Merimages

« Able », la première bombe de ces essais qui vont durer douze années, est larguée le 1er juillet 1946 depuis un bombardier B-29 nommé Dave’s Dream, spécialement conçu pour cette opération.
Mal dirigée, « Able » explose à 158 mètres de hauteur et manque sa cible, le Nevada. Seuls cinq navires seront coulés ce jour-là, dont les destroyers USS Anderson et USS Lamson.

Bikini - L’USS LamsonL’USS Lamson fut lancé le 17 juin 1936
et l’un des seuls navires coulés par Able le 1er juillet 1946.
© Claude Rives - Merimages

Après un échec aussi cuisant et 21 kilotonnes de plutonium éparpillés dans la nature pour aussi peu de résultats, l’effet est terriblement négatif sur l’opinion publique. Il faut donc frapper fort et nos sémillants artificiers changent de tactique. Le 25 juillet explose « Baker ». Positionnés sous un bateau support, ses 23 kilotonnes de plutonium sont enfermés dans un caisson étanche à 30 mètres sous la surface… et là banco.

5
Couché sur le flanc gauche, l’USS Anderson repose par 65 mètres de fond.
L’USS Anderson (DD-411), destroyer de 106 mètres lancé en 1939 a eu une carrière prestigieuse. Il a commencé par protéger des convois dans l’océan Atlantique et les Caraïbes puis a pris ses fonctions dans le Pacifique. Il participe aux batailles de la Mer de Corail, Midway, Santa Cruz et Guadalcanal. Il a été coulé par l’explosion de la bombe “Able”. - © Claude Rives - Merimages

Une gigantesque colonne d’eau vaporisée monte à 3000 mètres d’altitude en quelques secondes. Ce nuage contient un million de tonnes d’eau bouillante et de corail. Surnommée « Helen of Bikini », son souffle aura raison des plus gros navires, comme le porte-avions Saratoga dont les hangars et les abords sont toujours jonchés par les bombardiers Curtiss Helldiver qu’il transportait.

Bikini - Les bombardiers Curtiss HelldiverA 50 mètres de profondeur, dans les hangars du porte-avions Saratoga, les bombardiers Curtiss Helldiver, ailes repliées, ont gardé leur armement.
© Claude Rives - Merimages

Jusqu’en 1958, vingt-sept essais nucléaires et thermonucléaires continuèrent à détruire et à polluer une vaste région de la zone Pacifique, contaminant de nombreuses populations vivant sur des atolls même très éloignés de Bikini.

Bikini - Vue d’explosion atomiqueVue d’une explosion atomique tirée de ce site.

Notamment le 26 mars 1954, l’explosion de la bombe H « Castle Bravo », dont la puissance équivalait à 1000 fois celle lancée sur Hiroshima fut le plus puissant test effectué par les Etats-Unis. Sa boule de feu mesurait plus de 6 km de diamètres et 80 millions de tonnes de terre et de coraux furent vaporisés, créant un cratère de deux kilomètres de diamètre et 75 mètres de profondeur.

Bikini - Bunker du cratère BravoBunker du cratère Bravo. Il avait été construit pour abriter les observateurs lors de l’explosion de la bombe H Bravo sur l’île de Namu, dans l’atoll de Bikini. - © Claude Rives - Merimages

Loin de moi l’idée de faire l’apologie de ces catastrophes humaines et environnementales. Je désirais juste rappeler à ceux qui connaissent déjà cette histoire — ou faire savoir à ceux qui la découvre — que cela a existé. Sans faire de catastrophisme, cela pourrait encore se reproduire, et le résultat serait certainement pire. Soyons vigilants.

Bikini- Curtiss Helldiver à côté du porte-avions américain USS SaratogaDisposés sur le pont du porte-avions, ont été balayés par le souffle de l’explosion. Ils gisent par 65 mètres de fond à côté de l’épave. - © Claude Rives - Merimages

Venant d’être classé au Patrimoine mondial de l’Humanité en tant que bien culturel, et l’un de nos photographes ayant eu le privilège de s’y rendre il y a quelques temps, j’ai eu envie de vous raconter une toute petite partie de cette histoire (il existe de nombreux ouvrages très complets sur le sujet) et de vous faire partager la vue de quelques-unes de ces épaves que peu d’entre vous auront l’occasion de contempler un jour.

Bikini - Vue d’explosion atomique
Vue d’une explosion atomique tirée de ce site.

Mais avant cet enfer atomique, y avait-il des habitants sur Bikini ? Oui.

Le paradis perdu du peuple Bikinien

Malgré les combats qui ont fait rage dans le Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale, 167 habitants vivaient heureux sur leur île.
En 1946, une délégation de l’US Navy est venue leur demander de quitter l’atoll, je cite : « […] pour le bien de l’Humanité, […] juste le temps d’expérimenter une nouvelle arme tellement puissante, que c’était sûr, après il n’y aurait plus jamais de guerres […] » Ne leur jetons pas de galets, la France n’a pas forcement fait mieux, notamment en Polynésie — tiens, également dans le Pacifique, quelle coïncidence ! Quitte à s’excuser après, on préfère toujours jeter ses poubelles chez les autres.

Bikini - Vue d’explosion atomiqueVue d’une explosion atomique tirée de ce site.

Le roi Juda et le Conseils des Anciens acceptent cet exil à condition qu’il soit de courte durée et de pouvoir ensuite revenir sur leur Terre. Les habitants de Bikini ne sont jamais revenus sur leur atoll ; un premier essai en 1968 s’est soldé par un échec.
Les éclaireurs sont tous tombés malades car il reste d’énormes quantités de césium 137 dans les sols et les nappes phréatiques ; aucune plantation consommable n’est possible. La décontamination de l’atoll le plus radioactif du Pacifique est devenu un défi scientifique et constitue la plus chère réhabilitation au monde d’un site pollué. Seuls les oiseaux et les crabes se sont adaptés.

Bikini - Arbre d’hélice du cuirassé japonais Nagato Arbre d’hélice du cuirassé japonais Nagato.- © Claude Rives - Merimages

Le peuple Bikinien vit actuellement sur l’île de Kili, à 1000 kilomètres de leur atoll ou à proximité de Majuro, la capitale des Marshall. Et malgré que le Congrès américain leur a octroyé des millions de dollars au titre de dommages de guerre et que leurs enfants bénéficient de bourses leur permettant d’étudier aux Etats-Unis, leurs descendants ne connaissent plus que le désespoir et le désœuvrement.

Bikini - Mesures de radioactivité
Mesures de radioactivité sur l’atoll de Bikini. Le petit peuple Bikinien rêve de se réinstaller sur la terre de ses ancêtres. Mais le sol est toujours extrêmement contaminé et toute culture y est impossible. - © Claude Rives - Merimages

Peut-on plonger à Bikini ?

Oui, non, ça dépend des périodes… bref ce n’est pas simple.
Théoriquement le site est fermé aux plongeurs depuis 2008. Vous trouverez les meilleurs renseignements sur la question en vous connectant sur le site officiel du Bikini Atoll Dive Tourism Information.

Bikini - Un des canons USS Lamson III (DD-367) colonisé par du corail
Un des canons USS Lamson III (DD-367) colonisé par du corail. Ce destroyer américain a fait partie des poursuivants de la flotte japonaise qui avait bombardé Pearl Harbour. - © Claude Rives - Merimages

Par contre, la bonne nouvelle, c’est qu’en mer la nature a repris le dessus. Il n’y a aucune trace de radiation dans le lagon et les poissons sont consommables.




4 réponses pour “Bikini : un sanctuaire marin classé au Patrimoine mondial de l’Unesco”

  1. Juste une petite précision : la puissance des bombes A et H se mesurent en kilo ou mégatonnes de TNT (équivalent en puissance explosive) ; par contre elles ne contiennent que quelques dizaines de kilogrammes de plutonium et/ou d’uranium (ce qui est néanmoins suffisant pour contaminer de très grandes surfaces).

  2. Très bon article .bravo.
    je souhaiterai un jour plonger sur l’atoll de bikini. je vis a Tahiti .
    dois je passer par Hawaï (ile américaine)pour y parvenir?
    sinon quelles sont les autres possibilités ?

    merci de me répondre .

  3. Autres possibilités : soit là demain à 7HOO pétante , tu peux passer
    par PK 42 il y a pleins de bikini sur la plage ainsi que de belles épaves
    par contre ça te fait lever un peu plus tôt

    +

    la dream

  4. Les îles Marshall se trouvent plus près de l’Australie que du continent américain. Donc si possibilité, il faut voir plutôt Pacifique Ouest…

Ecrire un commentaire

*Vous souhaitez changer votre avatar ? Passez sur Gravatar