MAGAZINE

News

27/07/2007

Apnée : le secret des champions ? Christian Maldamé, nouveau recordman de France, répond

Christian Maldamé (crédits photos : Jérome Vigoureux Pelletier/Christian Maldamé)Nous vous annoncions le championnat du monde d’apnée Indoor AIDA 2007 qui a eu lieu cette année en Slovénie du 4 au 7 juillet 2007. Tous les passionnés ont pu suivre en direct les résultats via le site H2Oteam qui était dédié à cette magnifique compétition qui regroupait trois catégories : l’apnée statique ; l’apnée dynamique avec palmes ; l’apnée dynamique sans palme. Quelques inconditionnels ont également partagé leurs impressions sur la page « forum apnée» de notre site, plongeur.com. Ce fut un excellent « cru » pour la région lémanique, et plus particulièrement pour le club d’apnée les Dauphins de Genève, dont Christian Maldamé fait partie. Des quatre compétiteurs s’entraînant dans cette structure, trois sont revenus avec d’excellents résultats, dont une médaille d’or ! Nicolas Guerry, nouveau Champion du monde en apnée statique (Crédits Photos : Jérome Vigoureux Pelletier / Christian Maldamé)Cette médaille d’or, ils la doivent au genevois Nicolas Guerry, 43 ans, qui a réalisé un exploit magnifique en statique avec 7'34. Le Canadien William Winram a remporté la médaille de bronze en dynamique avec palmes en nageant 203 m, qui est le record national, et termine quatrième en dynamique sans palme avec 141 m. Sorti 4ème des qualifications, il a été disqualifié en finale à plus de 160 mètres, sans palme, à la lutte avec Stig Avall Severinsen. Le Canadien, William Winram (photo : Mayra Vez)Quant au Français, Christian Maldamé, il a obtenu le cinquième rang avec palmes en nageant 181 m, et a battu le record de France sans palme, en parcourant 150 m, remportant ainsi la finale B. Le Suisse Cédric Schmid participait à ses premiers championnats du monde ; et même si l’exploit n’était pas au rendez-vous, un avenir prometteur s’ouvre à lui. Aux dires des athlètes, ce championnat s’est déroulé dans d’excellentes conditions de sécurité et de manière très professionnelle. L’ambiance y était chaleureuse et conviviale voire amicale et ce malgré la pression et les enjeux. Il faut dire que l’apnée constitue une grande famille, et ces rencontres permettent à chacun de se retrouver.Christian Maldamé en compagnie de Claude Rolland, précédent recrodman de France en apnée dynamique sans palme (Crédits Photos : Jérôme Vigoureux Pelletier/ Christian Maldamé) L’apnée un sport en pleine évolution. L'apnée a ceci de particuliers, que la majorité des athlètes pratiquent cette activité à côté d'une vie professionnelle "standard", puisqu'actuellement, seulement une vingtaine d'apnéistes en vivent. Cette activité reste un sport « niche » et peu connu du grand public. Ce n’est que depuis une dizaine d’année que les clubs d’apnée ont vu véritablement le jour et ont rencontré du succès. La discipline a commencé à se médiatiser grâce à des hommes comme Pelizzari et Pipin ; même si de nombreux plongeurs libres (freediving) la pratiquaient, et la pratiquent toujours, en milieu naturel, avec la chasse sous-marine. Dès lors, outre quelques livres publiés par des grandes figures de la discipline, il n'exite aucun manuel du parfait entrainement en apnée. Ainsi, les superbes résultats du club des Dauphins ont titillés plus d’un esprit : « Ont-ils trouvés le secret d’un entraînement performant et efficace ? comment font-ils ? ». C’est durant une journée consacrée à la sécurité que Christian Maldamé organisait à port Choiseul au bord du lac Léman, que Christian m'a consacré un peu de son précieux temps pour répondre à quelques questions; espérant ainsi percer le secret. Plongeur.com : Christian, peux-tu te présenter en quelques mots ? qui es-tu ? où as-tu grandi ? Christian Maldamé : J’ai 36 ans, j’ai grandi à Nice et à Grenoble, j’habite à Genève depuis 5 ans. p.com : Depuis combien de temps fais-tu de l'apnée, quelle a été ta progression chronologique? C. M. : Depuis toujours ! Gamin je pratiquais le palme masque tuba et la chasse, à Nice, en vacances en Corse, dès que j’en avais l’opportunité. Puis j’ai pratiqué la nage avec palme en club et ce fut aussi mes débuts d’apnée, mais sans réel encadrement. Lorsque je suis arrivé à Genève, je connaissais l’existence du club d’apnée des Dauphins, je me suis alors inscrit. C’est à partir de ce moment que j’ai pu acquérir une technique d’entraînement. p.com : Peux-tu nous parler de ton passé sportif ? C. M. : Je pratique du sport depuis toujours. Tennis, ski de fond, rugby et triathlon, (course à pied, vélo et natation). Les sports cardio représentent un bon entrainement pour l’apnée. p.com : L'équipe est très importante pour s’entraîner. Comment en est-elle venue à se constituer ? qui sont les personnages importants de ce groupe ? C. M. : L’équipe est essentielle. Sans binôme, il n’y a pas d’entrainement, car pour des questions de sécurité, l’apnée ne se pratique jamais seul. Je m’entraîne avec William, Nicolas et Cédric qui pratiquent l’apnée en compétition, mais toutes les personnes qui viennent s’entraîner sérieusement et régulièrement, y compris sans objectif de compétition, sont importantes. Christian Maldamé lors des championnats du monde d’apnée AIDA 2007, à Maribor en Slovénie (Créits Photos : Jérôme Vigoureux Pelletier/ Christian Maldamé)p.com: L'équipe des dauphins de Genève regroupe un nombre étonnamment élevé d'apnéiste de haut niveau en progression constante. On se dit que vous avez sans doute trouvé un entrainement performant. Comment se déroule ton entraînement? C.M. : Actuellement, tout mon temps libre est consacré à l’apnée, puisque je m’entraine en piscine minimum 2 fois par semaine, en alternant natation (brasse, crawl, monopalme, palme, tuba…) ; et apnée statique et dynamique. Je plonge en lac dès que j’en ai l’occasion pour y pratiquer le poids constant ; j’entraîne également les membres du club lors de ces sorties. En dehors des séances d’entrainements piscine et lac, je fais du vélo et de la course à pieds au minimum 2 ou 3 fois par semaine ; ainsi que des exercices d’apnée à sec, du yoga respiratoire et je travaille mon diaphragme. Une hygiène de vie ainsi qu'une excellente condition physique sont indispensables pour pratiquer l'apnée à un certain niveau. William est un ancien champion de natation. Cédric a fait de la compétition en natation également. Quant à Nicolas, c'est l'exeption qui confirme la règle. Il a joué au tennis quand il était jeune, et comme tout bon Suisse, il a pratiqué le ski. Il a ensuite préféré les sorties au sport. Il a débuté l'apnée au club des Dauphins il y a 6 ans, avec une pause d'une année complète en 2004. Il s'entraîne sérieusement depuis 2 ans et demi. Nous n'avons pas de programmes particuliers, ni d'entraîneur attitré. Nous nous entrainons entre nous, régulièrement, en poussant toujours un peu plus nos limites. Chacun vient avec ses découvertes, ses techniques, ses essais, c'est une richesse inépuisable. Ces excellents résultats sont le fruit de notre travail : entrainement et préparation. Comme dans tous les sports, la recette miracle n’existe pas. La préparation se fait crescendo avec une montée en puissance pour être performant à l’instant T. En gros, nous faisons du cardio et nous poussons nos performances toujours un peu plus. L’avant dernière semaine avant le championnat a été consacrée entièrement à l’entrainement, et la dernière semaine au repos. Nous nous fixons un objectif personnel à atteindre et adaptons l’entrainement en fonction. A la fin de l’entrainement nous savons ce que nous « valons ». Nous annonçons nos objectifs de performances la veille de la compétition. Un mois avant la compétition, je fais également très attention au niveau de la diététique. Pas d’alcool, pas de graisses, d’acide gras saturé… Je n’ai pas de « coach » diététique ; mais j'ai acquis des connaissances en matière de nutrition en lisant des livres et je suis également moniteur d’apnée et de chasse au sein de la FFESMM (fédération française d’Etudes et de sports sous-marins). p.com : pensais-tu atteindre ces résultats ? C. M. : Je m’étais fixé comme objectif, une finale sur les trois. J’en ai fait deux. Dynamique avec palmes : Finale A (1er au 8ème) où je termine 5ème avec 181 mètres Dynamique sans palme : Finale B (9ème au 16 ème) que je remporte avec 150m, réalisant ainsi un nouveau record de France. p.com : quels ont été les moments forts de ce championnat ? C. M. : La compétition nage avec palme fut un moment très fort, le niveau y était très élevé. Quatre compétiteurs sont sortis avec plus de 200 mètres. William Winram a réalisé un excellent résultat et remporte une médaille de bronze avec 203 mètres. L’autre moment fort fut la finale avec Nicolas en statique. Les trois ténors de la discipline, l’autrichien Herbert Nitsch (actuel détenteur du record en no limit et en poids constant, avec respectivement 214 et 111 mètres) , le Danois Stig Severinsen et le Japonais Shinomiya craquent et sortent à 7 minutes, alors qu’ils dépassent normalement allégrement les 8 minutes. Il restait alors Nicolas. Nous hurlions à Nicolas de sortir de l’eau, par peur qu’il ne passe la limite, mais il n’entendait rien. Au moment de sortir, il a réalisé un protocole parfait, ce fut alors une explosion de joie, il était le nouveau champion du monde en statique. Il battait par la même occasion son record de Suisse, 7’21 en qualification et 7’34 lors de la finale. Nicolas avouera ensuite qu’il ne s’était jamais senti aussi bien. « j’étais sublimé, alors que mes adversaires accusaient une sacrée contre performance ». p.com : qu’est-ce qui est le plus difficile à gérer durant ce championnat? C. M. : La répétition de toutes les épreuves. Cinq épreuves c’est très éprouvant, physiquement et mentalement. p.com : Comment as-tu fait pour gérer ce stress C. M. : Je prends mon temps, je me repose, je bouquine… je lis le dernier livre de Mike Horn et je me dis que s’il a pu faire ça, tout est possible (rire). p.com : Malgré ton excellent potentiel tu n'as pas participé au championnat de Suisse à Zurich fin avril, ni aux championnats de France à Thonon fin juin. T’es-tu réservé pour assuré sans pression ? C. M. : Pour Zurich j’avais besoin d’un break, j’étais fatigué des derniers championnats du monde. Concernant Thonon, habituellement, je ne participe qu’aux concours organisé par AIDA, organisme, selon moi, qui représente l’apnée en compétition au plus haut niveau, et ce pour toutes les disciplines possibles de l'apnée. p.com : Quelle est l’histoire du club des Dauphins? C.M. En fait, le club des dauphins regroupent plusieurs sections et des écoles. Les sports proposés sont: la plongée sous-marine, l’apnée, la nage avec palme, la natation, le triathlon, la nage synchronisée. Et puis il y a les écoles, celle de natation et natation bébé, de plongée loisirs ainsi que de plongée aux mélanges. Le club a vu le jour en septembre 1960, créé par 16 mordus de natation sous le nom "Les Dauphins de Cointrin", avec à sa tête un président, André Koller, ex champion suisse de natation. La section apnée est née de la passion de plusieurs nageurs qui pratiquaient dans le club la nage en monopalme, mais sans véritable structure. Puis vint l’idée de créer une section apnée qui voit le jour en 1997 sous l’égide de la Fédération Suisse des Sports subaquatiques (FSSS) et de l’AIDA (Association International des Apnéistes). Alexandra Louzine fut la première présidente de la section apnée, lui succeda Susanne Jegge puis Patrick Sägesser et actuellement c’est Nadya Foisy, active dans le club des Dauphins depuis 1994. Nous organisons chaque année et ce depuis 1999 la coupe des dauphins à la piscine du Livron à Meyrin, Genève . C'est une compétition de haut niveau qui a accueilli des athlètes tels qu'Herbert Nitsch et Stéphane Mifsud. Coupe des Dauphins de Genève, sécurité surface (photo : Mayra Vez)Cette année la coupe des dauphins aura lieu le dernier week-end de janvier 2008, c'est à dire les 26 et 27 janvier 2008; c'est un moment extraordinaire où tous les membres de la section apnée sont invités à donner un coup de main, dans et en dehors de l'eau. p.com : si tu devais décrire l’apnée en quelques mots, que dirais-tu ? C. M. : Le plaisir, le bonheur d’être dans l’eau, d'évoluer en apesanteur. C’est l’harmonie avec la nature et le milieu, la fusion avec l’eau. p.com : Qu’est-ce qui te plaît tellement dans l’apnée ? C. M. : Tout dépend de l’objectif ! Ma véritable passion c’est le milieu naturel, le jour où la compétition s’arrête, je continuerai la chasse en milieu naturel, et ce tant que je pourrai, et j'espère jusqu'à très vieux (sourire). p.com : Que te procure ou t’apporte l’apnée dans ton quotidien C. M. : Du bonheur, car je vis ma passion p.com : Quels conseils donnerais-tu à un débutant ? C. M. : De ne jamais plonger seul, de pratiquer l’apnée dans un club, de rechercher le plaisir avant tout et d'aller assez vite en milieu naturel. p.com : quelle est ta discipline de prédilection et pourquoi ? C. M. : L'apnée en poids constant car elle se réalise en milieu naturel, et j'aime la sensation que me procure les profondeurs, j'aime me sentir couler. p.com : Quelle est ta meilleure performance dans cette discipline ? C. M. : Par deux fois, lors d'entraînements respectivement à Dahab en Mer Rouge et en méditerranée à Nice, j'ai atteint 70 mètres. p.com : Récemment, un nouveau record en STA a été établi, avec 10’04, que penses-tu de cette performance qui paraît surhumaine ? C. M. : Je suis très heureux pour Stéphane Mifsud, c’est un record extraordinaire et amplement mérité. Je regrette seulement qu’il n’ait pas réalisé sa performance de manière plus « conventionnelle » afin que ce soit reconnu au niveau international. p.com : Comment vois-tu évoluer l’apnée ? C. M. : Je pense que c’est un sport en pleine courbe de développement. Les clubs d’apnée ont commencé à se développer depuis une dizaine d’année. Il y a encore beaucoup de choses à découvrir, mais les techniques d’entraînement et le matériel s’améliorent constamment. p.com : Y’a-t-il une physiologie, un physique plus adapté à l’apnée qu’un autre ? C. M. : Scientifiquement rien n'est prouvé. Mais je suppose que pour la nage sans palme il est préférable d'être grand avec de grandes mains et de grands pieds; en statique un volume pulmonaire important sera privilégié. Avec l’entrainement on peut l’augmenter de 10 à 20% max son volume d'air, mais pas plus. Sinon, être "fit" et sec, car la graisse fait consommer de l’énergie ! p.com : Quand est prévue ta prochaine compétition ? C. M. : Ce sera du 24 octobre au 4 novembre à Sharm el Sheikh en poids constant. William, peut être Nicolas seront également présents. Trois athlètes de chaque pays sont représentés, mais chaque pays à son mode de sélection. Christian Maldamé et Guillaume Néry, ancien recordman du monde en poids constant avec 109m. (Crédits Photos : Jérôme Vigoureux Pelletier/ Christian Maldamé)Christian, reprendra un entraînement intensif couplé d’une hygiène de vie et alimentaire stricte, fin août afin d’être prêt en octobre. Je remercie Christian pour sa disponibilité et sa gentillesse, et lui souhhaite au nom de plongeur.com et des membres du site, ainsi qu’à tous les autres athlètes, plus particulièrement Nicolas, William et Cédric de belles performances à venir, que nous ne manquerons pas de suivre. Continuez à nous faire rêver. Le site du club des Dauphins de Genève Le site AIDA
photos :
Crédits Photos, Jérôme Vigoureux Pelletier /Christian Maldamé
Mayra Vez

  • Apnée
  • La Une
  • Championnats, compétition, salons


SUR LE MÊME THÈME