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Faut-il tuer les photographes ?


Chat Noir
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    Je sais, j'ai facilement l'esprit critique et grincheux. La faute au grand âge sans doute ainsi qu'à une fibre Tatie Danielle assez prononcée. Je rentre d'une croisière aux Maldives. Tout était parfait.

     

    Un bateau superbe, un équipage d’excellente tenue et aux petits soins, un staff au dessus de tout éloge, des participants agréables, des plongées exceptionnelles et un bar bien approvisionné. Que demander de plus ?

     

    Le destin a voulu que mon caisson soit victime d'un ADD dès le deuxième jour. Plongeant donc librement, sans le souci de rapporter la photo du siècle et des souvenirs pour rendre jalouses mes copines de boulot, j'ai pu observer le comportement des plongeurs photographes loisir.

     

    Je dois admettre que je suis atterrée !

     

    Etant, et de loin, la moins capée du groupe, je me suis naturellement retrouvée à binômer avec le guide – remarquable puisqu'il m'a supportée, conseillée et largement approvisionnée en air pour finir des plongées un peu au dessus de mes palmes.

     

    Comme souvent là bas ; il était muni d'une baguette métallique destinée à monter les beautés que nous aurions ratées sans lui, petites crevettes bien camouflées, poissons feuilles, requins dans le lointain et autres nudibranches. Incidemment, cette baguette lui sert à interpeller discrètement les plongeurs, sans les assourdir avec un shaker, par quelques tapotements sur son bloc.

     

    Deux autres « binômes » complétaient la palanquée. Je mets binômes entre guillemet car il s'agissait plutôt de bordelnômes, chacun allant et venant à sa guise dans le groupe. Il semblerait que ce système soit apprécié puisqu'il procure de la souplesse pour s'éparpiller tout en ayant toujours un équipier à proximité.

     

    Venons-en aux faits.

     

    Débuts de plongée = moi dans les palmes du guide, les autres plongeurs vadrouillant au gré de leur humeur, traquant la petite ou la grosse bête, majoritairement en bonne intelligence. Soudain, tic tic tic, petit bruit de baguette. Aussitôt je me voyais dépassée, télescopée, éjectée par des missiles nageant à toutes palmes vers le point remarquable. Dessous, dessus, à côté. Il me semblait qu'il en venait de partout, qu'il y avait un contrat sur ma personne, dont l'objet était de me donner le plus de coups de palmes possible, de me pourrir ce que j'aurais pu voir avec le maximum de bulles. La panzer division était en marche ! Cette infusion de palmes est d'ailleurs partagée avec les guides qui m'ont avoué, en petit comité, être lassés de se faire rouer de coups par les photographes à chaque plongée.

     

    Ces gens s'agglutinaient autour d'un trou ou d'un pauvre animal, qui aveuglé se terrait de plus en plus profondément dans son refuge, son anémone ou fuyait rapidement, tant et si bien que lorsque j'arrivais enfin à me faufiler, il n'y avait plus rien à voir.

     

    La palme ( :) je n'ai pas pu m'en empêcher) revient aux détenteurs de Go pro, pires que tout car il faut coller au sujet pour arriver à faire la moindre prise de vue.

     

    C'en est arrivé au point où dès que j'entendais le signal du guide, je me repliais en urgence hors du passage afin de ne plus subir ces assauts. J'ai ainsi longuement joué avec des anguilles jardinières pendant qu'ils mitraillaient je ne sais quoi sur la coque d'une épave, admiré les coraux quand il regardaient la faune, scruté le bleu pendant qu'ils assaillaient un nudibranche et ainsi vécu quelques intenses moments de solitude.

     

    J'en ai profité pour développer de nouvelles compétences malheureusement non prévues au MFT :

    survie en milieu hostile

    • méthodes de combat rapproché
    • techniques d'esquive du coup de palme avec option conservation du masque
    • plongée stationnaire en attendant la fin des prises de vue
    • analyse des modes de destruction des coraux par divers moyens : palmes, crochet ou lampe qui traîne, raclage avec diverses parties du corps.

    Copie d'une page de mon carnet de plongée : « Très jolie plongée technique sur épave. Travail de stabilisation au ras du sol, sur le sable sans le soulever. Amélioration du freinage d'urgence. Esquive OK. Évitement du coup de palme presque OK.

    Par accident : raie aigle ».

     

    En fin de journée, lors des transferts sur ordinateur, il y avait jusqu'à 100 photos et/ou 50 films par plongée et par personne soit presque deux photos et/ou un film à la minute. Et je me pose la question : est-ce bien raisonnable ? Il est à noter que ceux qui en faisaient le plus faisaient également les plus mauvaises !

     

    Cela m'amène plusieurs questions :

     

    • Comment des personnes bien élevées et courtoises en surface peuvent elles modifier à ce point leur comportement sous l'eau dès qu'on leur met un APN ou une caméra entre les mains et se transforment en Mister Hyde mode « la mer est à moi, dégage de là » ?
    • Ne vaudrait-il pas mieux faire moins de photos mais les soigner et être plus vigilant au milieu ?
    • Ne faudrait il pas justifier d'une formation minium ou d'une une carte de niveau ''photographe'' pour pouvoir emmener un appareil sous l'eau ? Comme pour le nitrox par exemple.
    • Qu'en est-il de l'aspect sécuritaire ? Quand on fait 100 photos en 50 minutes de plongée, combien de fois regarde-t-on son binôme ? son ordinateur ? son manomètre ?
    • Enfin que font ces gens de toutes ces photos ? Passent-ils réellement l'hiver à les trier ? Les travailler ? Les documenter ? J'en doute !

    Entendons nous bien. Je plonge également avec un appareil. Je ne suis sans doute pas meilleure que beaucoup et mes photos ne sont pas bonnes. Mais je n'ai jamais bousculé personne pour une prise et attends poliment que tout le monde soit parti pour le shoot. Est-ce trop demander que la politesse se manifeste également sous l'eau et envers tous – autres plongeurs et faune ? Est ce que, finalement, cette photo mania n'est pas révélatrice de la vraie nature des gens – égoïsme et moi d'abord ?

     

    Personnellement, je pense que, désormais, mon comportement va changer. Je mouillerai sans doute moins souvent l'appareil et y réfléchirai à deux fois avant de le mettre sous tension.

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    La photo et la vidéo, c'est toujours mieux en petits groupes, que lors de ces grandes palanquées de 10 qu'on voit souvent dans les croisières Maldives ou Egypte.

     

    Quelque part, vu le prix d'un séjour, je comprends l'envie de certains d'en ramener un max. Par expérience, je sais qu'en photo ou en vidéo, on jette beaucoup et on n'en garde que très peu. D'où une certaine forme de boulimie.

     

    C'est quand même dommage que cela se traduise par ce que tu as vécu, et non tu n'es pas un cas isolé, ça arrive par ailleurs.

     

    Concernant la formation, il existe un cursus photo / vidéo à la fédé. Mais aujourd'hui, avec la baisse des coûts (gopro et autres), les gens ressentent moins le besoin de se former qu'à l'époque du Nikonos.

     

    Mon club offre une formation, et la maîtrise de la stabilisation et de l'environnement fait partie du package.

     

    J'espère quand même que ça ne t'a pas trop gâché la croisière...

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    superbe!!! :bravo:

    moi aussi j'essaye de faire des photos...

    moi aussi j'en ai marre de me faire shooter à coups de palmes par des grosses bouzes!!!

    pas toujours les plus mauvais qui font ch**... :) je me rappelle d'un photographe scotché pendant pres de 20 mn devant un couple de crevettes arlequins et impossible de s'en approcher...

    une question : dans ton article c'est quoi "politesse"? :)

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    Je pense que le titre est mal choisi. La question n'est pas "Faut-il tuer LES photographes ?" mais plutôt "Faut-il tuer CERTAINS photographes ?" parce que tu ne peux pas généraliser un comportement observé à un endroit à l'ensemble d'une population de pratiquants avec des niveaux très divers.

     

    Il y a des plongeurs photo/video qui apprennent sur le tas et restent courtois. Comme le dit Txum, la baisse des prix du matériel fait que pas mal de gens sont équipés photo/video sans avoir suivi de cursus quelconque, parfois avec un niveau en plongée léger. Si tu fais de la photo et que tu sais pas te stabiliser,ça donne rien de bon ni dans l'image ni pour le fond.

     

    Après il y a de tout: des gens qui vont aller emmerder la petite bête pendant que d'autres minimisent leur impact sur le milieu, d'autres qui font des stages fédéraux où il y a des rappels sur la préservation du milieu marin, la sécu, etc, d'autres qui s'en fouteront du fond, des autres. Bref, on ne peut pas généraliser. Personnellement je me suis fait emmerder aux Maldives par un groupe familial qui n'avait pas d'appareil photo mais qui plongeait en famille... avec le même comportement que tu cites. Il y a des boulets sous l'eau avec ou sans appareils. Il y a même des fans de bio marine qui sont des boulets avec les animaux...

     

    Pour ta remarque sur la plongée stationnaire en attendant la fin des prises de vue, c'est valable pour tous avec ou sans appareil. Les gens prennent le temps de regarder, les photographes de regler. Je fais de la video macro, ça prend encore plus de temps que régler un appareil photo. Je laisse passer les gens qui veulent juste regarder qq instants et j'attends mon tour pour filmer tranquillement ensuite. Des fois j'attends que la place se libère, des fois je passe à autre chose. Après sur les grosses palanquées style Maldives, faut souvent attendre son tour donc pas l'idéal pour prendre le temps de regarder ou photographier sans gener les autres ou être à la traîne.

     

    As-tu essayé de discuter de ton problème avec les photographes à bord ?

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    et que dire du photographe qui, une fois ses photos prises, met un grand coup de palme pour foncer sur un nouveau sujet. Touille assurée pour ceux qui ont eu le malheur d'attendre leur tour pour constater que la beauté est mouchetée de particules, quand elle est encore visible ...

     

    que dire des photographes qui enserrent une tortue contre un tombant, la serrant d'encore plus près pour macroter (je sais, c'est moche, mais pas envie d'écrire prendre une macro, bon ben je l'ai écris) sa tête ou son oeil, au risque qu'elle se noye car elle n'a plus de place pour s'échapper vers la surface. Pas grave, le plus important, c'est de la shooter ...

     

    que dire du photographe qui déplace un sujet avec leur gros doigts boudinés, parce qu'il est mal positionné, ou mauvaise lumière. Et qui une fois la photo faite, met un joli coup de palmes qui fait voler le sujet vers de nouveaux espaces ...

     

    que dire du photographe qui arrache la posidonie tout autour de cette splendide nacre, au motif qu'elle la recouvre ...

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    Peut-être qu'il suffit de faire plonger les photographes entre eux (ou le photographe avec son binôme habituel) pour résoudre le problème des photographes qui prennent leur temps pour des choses qui n'intéressent pas nécessairement les autres plongeurs.

     

    Mais des photographes qui ne respectent pas l'environnement, ni les autres plongeurs, ça ne devrait pas être permis !

     

    Il y a plusieurs solutions : saboter les caissons (avec un cheveu sur le joint), formater par mégarde les cartes mémoire en prétendant regarder les photos (ça c'est plutôt de la vengeance), jouer les maladroit(e)s en écrasant le matériel photo avec son bloc vraiment trop lourd, etc...

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    Guest Invité

    Ce n'est pas entièrement faux... quoique la peine de mort est peut être un tantinet exagéré. Il suffit de voir certaines photos du championat du monde de photographie CMAS en Zélande cette année.

     

    J'aimerai bien savoir comment le photographe à convaincu un homard de grimper sur une nasse ? ... Et en plus la photo a été primée alors que la reglement de la plongée sportive ebn Zélande interdit de "déranger les animaux " (traduction litérale du néerlandais) :-)

     

    http://www.omroepzeeland.nl/nieuws/2015-05-25/869335/kroaat-wint-wk-onderwaterfotografie-zeeland#.VmhS69IrKHs

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    un homard de grimper sur une nasse ?

    Vu que le homard entre parfois dans les nasses, sauf à bénéficier de capacité de téléportation, il n'est pas exclu qu'il doive être en contact à un moment ou un autre avec la nasse...

     

    Perso j'en ai vu sur des nasses sans aide de plongeurs... mais c'est vrai que ça laisse toujours perplexe au même titre que les poulpes bien ouverts qui se laissent tomber en pleine eau ;) .

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    bonjour et merci pour ce CR plein de réalisme et fort bien écrit!

    je précise que je photographie sous et sur l'eau et suis adepte de la désintox photo en laissant mon appareil photo à bord une plongée sur deux ou trois.

     

    Ton expérience est le reflet de ce que l'on constate trop souvent. Et ce qui est déjà pénible en surface, les encore plus sous l'eau, et encore plus lorsque le milieu en pâti.

     

    tout est question d'éducation.

     

    J'ai entendu un jour un photographe sous-marin qui dirigeait une formation de photo sub demander à ses élèves : "nous allons faire une plongée d'une heure, vous ramènerez 10 clichés maximum"....très bon exercice pour ne pas flasher à tour de bras!

     

    avec mes amis en voyage , nous convenons que lorsqu'un voit un truc , bien sûr il le montre à UN autre , qui lui le montre au suivant...on passe devant la bestiole, on prend ou non une photo...un bon principe pour pas s'agglutiner....

     

    les plus belles découvertes sont celles que l'on fait soi-même...un bon plan pour éviter le rush au moindre coup de baguette.

     

    Bref, on peut donner une foule d'exemple...

     

    Maintenant quand on se retrouve avec une bande de furieux...

    il faut en parler, d'abord aux guides, car pour avoir essayé d'en parler directement,et m'être fait envoyé bouler, il n'y a que ça ...

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    Tu retrouve là le comportement du conducteur lambda.

     

    Bon père de famille, collègue exemplaire, amant merveilleux à faire mourir de jalousie James Bond.

     

    Cet être délicieux que toutes les belles mères encensent.

     

    Oui le même qui soudain au volant de son bolide use d'un langage à faire rougir une vieille péripatéticienne de la rue saint Denis, qui gesticule dans tout les sens le doigt fièrement dressé à l'attention des autres conducteur, qui s'il doit supprimer toutes les options de son véhicule pour n'en garder qu'une se cramponnera à son Klaxon.

     

    Oui le même !!!

     

    En fait ce gros cons ne se contente de vivre dans son biotope, mais souvent exporte ses mauvaises manières en vacance se cherchant faute de voiture un autre exutoire ;)

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    bon, on va chercher les root cause.

    Tuer les photographes. Pourquois.

    y'en a plein.

    pourquois.

    y'a plein de poissons.

    pourquois ?

    y'a du corail

    pourquois ?

    y'a des nutriements

    pourquois ?

    y'a des zooxantelles.

    pourquoi ?

    y'a de l'eau tiede et de la lumière.

    pourquoi ?

    parce que l'eau est claire = root cause

     

    solution proposée : saloper l'eau. Comme ça, y'a plus de photographes :froglol:

     

    ----------------------------------> [- ]

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