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25/01/2010

Plongée et Apnée à Dean

Dean’s Blue Hole
Un apnéiste aux championnats du monde, une plongeuse en vacances : deux situations complètement différentes, et pourtant des sensations qui, au final, ne différent pas tant que cela. Il y a quelques jours, lorsque j’ai appris l’existence de Dean’s blue hole, lors d’un barbecue improvisé sur l’île d’Exuma, j’ai décidé : « Demain, quoi qu’il arrive, on y va ! ». Alors, voilà... Dean’s blue hole est situé dans une baie paradisiaque à l’ouest de la capitale de Clarence Town (350 âmes), sur l’île de Long Island aux Bahamas. Comptant une population d’environ 3800 personnes, Long Island est une île longue de 130 kilomètres et de seulement 6 km à son point le plus large, située à 265 kilomètres au sud ouest de Nassau et traversée par le tropique du cancer.
Carte des Bahamas Carte des Bahamas
Comme le reste des îles avoisinantes, Long Island compte une pléiade de trous marins, mais avec un plus non négligeable : Dean’s blue hole. Dean’s blue hole est le trou bleu le plus profond du monde, avec 202 mètres de profondeur (une bizarrerie de la nature car il est deux fois plus profond que toutes les autres dolines connues de notre planète. En effet, le second trou marin le plus profond, le Grand Trou Bleu dans l'atoll de Belize, a une profondeur de « seulement » 120 mètres). Il fait encore nuit noire lorsque le réveil sonne à six heures du matin. Un de mes amis de Chicago, Keith Pamper, chef plongeur à l’aquarium de Chicago, est venu nous rendre visite pour quelques jours à Exuma. La veille, nous avons plongé ensemble dans quatre trous bleus, dont trois que je n’avais jamais explorés auparavant (et tous situés à moins de quinze minutes en bateau de ma maison).
Blue hole name unknown - en face de Georgetown shipyardEntrée étroite du second blue hole - Exuma2 Entrée étroite du second blue hole - Exuma3 Entrée troisieme blue hole - hurricane hole - Elizabeth harbor4 Mystery cave5 Mystery cave6Entree Mystery cave- Hurricane Hole - Georgetown7

1 : Blue hole name unknown 2 et 3 : Entrée étroite du second blue hole - Exuma 4 : Entrée du troisième blue hole -Hurricane hole - Elizabeth harbor 5 et 6 : Mystery cave 7 : Entree Mystery cave- Hurricane hole - Georgetown

Dès que le soleil pointe, je cours à la marina préparer le bateau et charger le matériel de plongée, les réserves d’eau et autres breuvages pour la traversée, avant de me rendre au dock de Georgetown (capitale d’Exuma) pour faire le plein d’essence du Twin Vee. Bien entendu, il n’y a personne à la pompe ! Lorsque nous quittons enfin Elizabeth Harbor et mettons le cap sur Stella Maris au nord de Long Island, il est déjà 10 heures du matin et nous sommes en retard de trois heures sur notre planning ! Mais au rythme des Bahamas, qu’est ce que trois heures de délai ? Soon come !

L’océan est calme et la traversée entre Exuma et Long Island nous prend tout juste une heure. Une fois arrivés à la marina de Stella maris, Marvin, le frère de Graeme, nous retrouve avec son pick-up. Nous chargeons le matériel de plongée et prenons la route en direction de Clarence Town. A mi-chemin, Keith se frappe le front : nous avons oublié les ceintures de plomb dans le coffre avant du bateau ! Nous sommes trop loin maintenant pour faire demi-tour. Tant pis, nous inventerons quelque chose sur place. Quelques 70 km plus loin, nous arrivons à une fourche. Un petit panneau de bois sur la gauche indique : Dean’s blue hole et à l’entrée du chemin sablonneux, un poster annonce les récents championnats du monde de plongée en apnée qui ont eu lieu récemment, début décembre. Notre champion national, Guillaume Néry, y a d’ailleurs remporté la médaille de bronze avec une plongée à 78 metres en plongée poids constant sans palmes.

Dean’s blue hole - Panneau indiquant Dean’s blue hole Dean’s blue hole - Panneau world championships
Notre champion national, Guillaume Néry, niçois de 27 ans et quadruple recordman du monde de plongée en apnée en poids constant (descente et remontée à la force de la monopalme, avec un dernier record à -113m en 2008 à son actif), vient tout juste d’y remporter la médaille de bronze avec une plongée à 78 mètres en apnée poids constant sans palmes.
Guillaume Nery Guillaume Nery Quadruple recordman du monde de plongée en apnée en poids constant
C’est au retour de cette plongée mémorable que m’est venue l’idée de poser quelques questions à Guillaume, afin de vous présenter deux points de vue sur la plongée de ce même site, l’une avec scuba et sans la pression (moi), et l’autre en apnée, durant une compétition (Guillaume). Deux situations complètement opposées, avec pourtant au final, des sensations et des souvenirs qui ne différent pas tant que ça...  

Le blue hole selon Delphine, en scuba...

Nous arrêtons le truck au bout du chemin : une plage de sable blanc éclatant nous attend, avec un lagon calme d’eau turquoise. Un peu plus loin, une barre de récifs arrête les vagues de l’Atlantique et, sur la gauche, une falaise de calcaire avec, à ses pieds, un cercle d’eau bleu saphir serti dans une couronne de sable blanc, signe incontournable de la présence d’un blue hole. Je retiens ma respiration un moment : le site en lui même est d’une beauté saisissante. Au beau milieu du gouffre submergé, une plate-forme flotte encore à la surface, petit souvenir des championnats du monde de plongée en apnée.
Delphine devant le Dean’s blue holeDelph devant Dean’s blue hole
Les trous bleus, encore appelés dolines, se sont formés pendant la précédente glaciation à l’époque du pléistocène, il y a environ 15.000 ans, quand le niveau de la mer était à une centaine de mètres plus bas qu'à l'heure actuelle. Ces formations ont été soumises à l'altération chimique du calcaire principalement par l'eau de pluie, rendue acide par la végétation. L’eau s’est peu à peu infiltrée dans le sol, érodant et dissolvant le sous-sol et creusant de vastes cavités souterraines. Par la suite, le plafond de ces cavités s'est effondré pour créer ces fameux gouffres, recouverts ensuite par la mer lors de la fonte des calottes glaciaires. Le trou bleu de Dean a une forme circulaire à la surface, avec un diamètre variant entre 25 et 35 mètres, commençant à 5 mètres environ sous la surface. A partir d’une vingtaine de mètres de profondeur, le trou s’élargit de façon considérable en strates successives, jusqu’à atteindre un diamètre de plus de 100 mètres. Il existe des passages et tunnels le long des parois, certains, peut-être, en connexion avec l’Océan Atlantique. Jim King, de Deep Breathing Systems, fut le premier à en toucher le fond en 1992 à l’aide d’un savant cocktail de « mixed gas ». Due à sa taille impressionnante, le Dean’s blue hole n’est pas foncièrement soumis au flux des marées, donc il est praticable en plongée à tout moment, même si la visibilité fluctue énormément selon le vent, les vagues et les marées. « Eh les gars, faut pas perdre de temps si vous voulez plonger ! » exhorte Graeme. Keith et moi nous préparons à la hâte. Keith prépare son appareil photographique tandis que je pars en quête de rochers pour remplir les poches de nos « stabs ». Pas le pied, mais quand on n’a pas de tête, il faut faire avec les moyens du bord ! Quelques instants plus tard, j’apprécie la fraîcheur de l’eau remplissant l’intérieur de ma combinaison. Nous glissons le long d’une coulée de sable blanc jusqu’à l’entrée béante du trou bleu.
Descente dans le Dean’s blue holeDescente dans le blue hole
L’endroit est impressionnant de par sa grandeur, et j’ai le sentiment de tomber d’une falaise comme dans un rêve en slow motion. Au centre du blue hole, des lignes plombées descendent tout droit dans le bleu. Je continue la descente, et le bleu vire rapidement au noir. Dean’s blue hole - regard vers la surfaceVers 20 mètres, nous dérangeons deux tarpons de belle taille le long d’une vire rocheuse. Curieux, ils nous suivront de près tout au long de notre plongée. A cette profondeur, la caverne s’élargit en cercles concentriques toujours plus larges. Le soleil a peine à pénétrer et il fait noir sous les vires. Je me tourne sur le dos et regarde les bulles de mon détendeur se loger contre les toits en dévers, et transformer la roche en un miroir scintillant où je peux presque voir mon reflet. L’endroit est magique, surnaturel, et certainement pas à taille humaine...
Dean’s blue hole - dans l’obscurite sous les vires Dans l'obscurité sous les vires
Plus haut, je vois mes amis se jeter à l’eau du haut de la falaise surplombante, créant des gerbes d’écume argentée à la surface. D’autres, préférant la sécurité du sable sous leurs pieds, barbotent à l’orée du trou. Sans le savoir, ils délogent les couches supérieures de sable tenant en équilibre précaire au bord du précipite. Telle une avalanche silencieuse, les grains de sable glissent le long des parois de ce sablier géant, entamant un lent voyage long de 200 mètres, jusqu’à ce qu’ils touchent enfin le fond. La vision est saisissante, et je me surprends à regarder ces draperies de sable tomber vers le néant.
Dean’s blue hole - coulée de sable vers le néant Coulée de sable dans le Dean’s blue hole
Dean’s blue hole - le long du filinJe rejoins une des lignes au centre de la dépression et, pour rire, je prétends être, pour un instant, un des ces plongeurs intrépides qui, eux aussi, ont vu cet endroit, mais avec juste une bouffée d’air dans leurs poumons... Photo ci-contre : Le long du filin de descente dans le Dean's blue hole Nous remontons doucement vers la lumière afin d’inspecter le pourtour du trou bleu, où il y a un peu plus de vie. Keith et moi dérangeons deux « bristleworms » en train de faire des galipettes amoureuses. Notre ami le tarpon nous suit de près, comme un vigile de musée, prêt à nous enguirlander si nous commettons la moindre infraction...
Dean’s blue hole - les bristlewormsLes « bristleworms » dérangés
A la remontée, je laisse mes doigts traîner dans le sable, et j’apprécie la densité de ces petites particules qui filent le long de ma peau. Je ressens à nouveau la chaleur du soleil dont les rayons passent au travers de l’eau. La lumière nous éblouit, comme un cadeau. Man, si cela n’est pas vivre, alors je ne sais pas !!!
Dean’s blue hole - retour vers la surfaceDean’s blue hole - en fin de plongéeDean’s blue hole - surf and turf3

1 : retour vers la surface 2 : en fin de plongée 3 : surf and turf

Un groupe de touristes québécois en goguette nous accueille à la surface. Tous rient de bon cœur en me voyant vider mes poches de cailloux de retour sur la plage.
Nous repartons cahin-caha jusqu’à Max bar pour manger une « conch salad » divine. Plus tard, Brian saute du pick-up devant sa maison. Il revient avec un sac plastique et un grand sourire : « cadeau ! ». Il nous offre trois belles éponges que lui et son père ont pêché (et vendent aux grecs !!!), une fois la saison du mérou terminée. Le soleil est très bas à l’horizon quand nous rejoignons « Victoire ». Je fouette un peu quand même, car je n’ai jamais fait de traversée sur l’océan en pleine nuit. Une nuée de moustiques venue de nulle part me force à prendre ma décision et larguer les amarres. Le voyage du retour se déroule sans encombres, avec nos compères chantant -faux- « Douce nuit » et autres chants de Noël à tue-tête (ils avaient oublié d’emmener l’Ipod à bord, mais pas la cargaison de Kalik !), et même si quelques vagues passent par dessus le cockpit, nous arrivons tous sains et saufs à la marina de Georgetown.
Plonger dans le Dean’s blue hole, une expérience saisissante, en sus d’un lieu inoubliable. Un beau cadeau de Noël...

 

Le blue-hole selon Guillaume, en apnée...

Propos recueillis lors d’une interview de Guillaume Nery réalisée par Delphine Pontvieux le 11 janvier 2010

Guillaume : apnéiste pur et dur, ou également plongeur à ses heures ? « J'ai déjà plongé, j'ai quelques notions, mais cela m'attire moins {que l’apnée}. La liberté et la légèreté de l'apnée sont les principales raisons qui m'ont amené à pratiquer. J'aime la simplicité, la pureté, et le rapport simple avec les éléments. Donc au final, je me retrouve toujours à explorer les fonds sans bouteille. Et puis quel amusement de croiser le regard circonspect des plongeurs bouteilles quand on se balade sur une épave profonde sans bouteille sur le dos ! Ils se demandent s'ils ne sont pas déjà en train de narcoser et nous demandent régulièrement par des signes OK si tout va bien. » Long Island et le Dean’s Blue Hole : « Dean’s Blue Hole est un site très surprenant. On a tous une petite appréhension face à ce gouffre. La couleur bleu foncé contraste avec la clarté du sable qui l'entoure. Il y a une sensation de vertige la première fois, et un sentiment assez inconfortable. Mais dès que l'on s'est adapté, on peut prendre la dimension de l'endroit. C'est une piscine naturelle verticale ! Je dirais même que c'est encore plus accessible qu'une piscine en ville ! Long Island est un petit bout de terre très tranquille où les habitants vivent à un rythme beaucoup plus calme que sur le continent. Les liens sociaux semblent très forts et les gens passent beaucoup de temps ensemble. J'y suis resté un mois exactement. Au début, le décalage est vraiment fort. Mais je m'y suis vite fait et j'ai trouvé ma routine. Le contexte était particulier car nous étions un grand nombre d'athlètes présents et étions souvent fourrés les uns chez les autres. Se retrouver toute une saison sans cette effervescence et la présence de nombreux compétiteurs, ça doit être une autre histoire. Il faut être solitaire je pense... C'est une expérience à tenter ! »

La compétition à Dean’s Blue hole : « J'ai participé aux deux disciplines proposées : poids constant avec et sans palmes. Je me suis qualifié dans les 2 disciplines pour les finales (6 finalistes par discipline) avec -73m en poids constant sans palmes et -102m en poids constant avec palmes. En finale j’ai réalisé -78m en sans palmes, décrochant ainsi la médaille de bronze et -109m en poids constant avec palmes où j’ai fini à la cinquième place au pied du podium (-110m médaille de bronze, -111m médaille d'argent). Cette compétition a été un vrai déclic. Je n'ai jamais vraiment trop brillé en compétition, mais plutôt lors de tentatives de records du monde organisées séparément. L'idée de la compétition, de la confrontation directe avec des adversaires n'est pas une source de motivation pour moi. C'est avant tout une aventure personnelle. J'adore aller aux compétitions car j'aime plonger avec mes amis, la grande famille de l'apnée, pas contre des concurrents. J'ai toujours ressenti beaucoup de stress par le passé lors des compétitions à cause de ce décalage. Sur cette compétition, j'ai réussi à prendre beaucoup de recul, à considérer ces championnats du monde comme un jeu, je me suis concentré sur mes performances sans me soucier du reste, et ça a bien fonctionné. Avoir été capable de relativiser a été la clef et j'ai ainsi pu m'exprimer pleinement ! »

Guillaume Nery Guillaume Nery en apnée

Les sensations particulières de la plongée en apnée dans le Dean’s blue hole : L’obscurité : « C'est LE problème dans ce Blue Hole. Il est complètement fermé et la lumière ne rentre que par un seul endroit. Effectivement c'est tout noir à un certain moment, cela dépend de la visibilité très changeante (autre problème). En cas de mauvaise visibilité, ça peut être le noir total à 40 m ! On ne peut voir les contours du Blue Hole en profondeur car au delà de 25m il s'élargit et a un diamètre de plus de 100m (alors que son diamètre doit être de 25 mètres à son point le plus serré autour des 15-20 mètres de fond). Selon la visibilité, et donc selon la quantité de lumière qui pénètre le Blue Hole, cela peut être très sombre ou bien noir absolu. »

L'entrée dans la « Zone » : « En général, je suis concentré à 100% dans ma perf. J'ai les yeux ouverts par moment, mais je regarde de façon détachée sans prêter attention ou en essayant d'analyser le moins possible. {...} Il y a une famille de tarpons très curieux qui vit dans le Blue Hole. Cela arrive pendant une descente profonde qu'ils s'approchent à quelques mètres du câble. Lors de ma descente de compétition en poids constant, je me souviens de la visite d'un beau tarpon. Ca m'a fait sourire. Je l'ai pris de manière spirituelle. Ils sont comme les gardiens de cet espace unique. En venant me voir, il m'a ouvert les portes ! »

Dean’s blue hole - tarpon Le compagnon, tarpon

Et le saut du haut de la falaise ? « Non je n'ai pas sauté, je ne suis pas adepte. Je fais de la chute libre, mais le sol est tellement loin que c'est moins stressant ! Sauter de cette hauteur (10-15m) peut me paralyser pendant un petit temps ! »

Les moments forts de la carrière de Guillaume en 2009 : • Ma participation et victoire à la première compétition d'apnée sous glace en profondeur dans un lac à Oslo : une expérience unique et magique.

• La 2ème Mediterranean Meeting en Crète, où j’ai battu le record de France en poids constant sans palmes avec -75m. Cela faisait six mois que j’avais débuté dans cette discipline et j'ai ressenti un plaisir intense dans chacune de mes descentes. Après douze ans de carrière essentiellement en poids constant avec palmes, m'entraîner dans une nouvelle discipline a été comme un grand bol d'air frais. Au delà du résultat, il règne à Sougia, le petit village de Crète où a eu lieu la compétition, une atmosphère chaleureuse, tranquille et simple. Je me suis senti tellement bien dans ce village que cela a contribué énormément à ma réussite.

• Les World Championships à Long Island aux Bahamas, concrétisation de cette année de préparation, avec quatre plongées réussies (voir les détails ci-avant).

• Sur un plan professionnel, j'ai crée ma société BLUENERY, qui gère mon image et les prestations que je propose.

Projets et envies pour 2010 : « Progresser en poids constant sans palmes et faire partie de l'équipe de France qui participera aux Championnats du monde à Okinawa en Juillet prochain. Nous sommes champions du monde en titre et j'ai envie de pouvoir défendre le titre avec mon équipe. Mais il faut se qualifier dans l'équipe d'abord. Les trois disciplines sont le poids constant (ma spécialité) et deux disciplines de piscine dans lesquelles je ne brille pas ! Il va falloir travailler la piscine pour avoir une chance !

Du coté aventure, j'aimerais pouvoir réaliser un grand voyage apnée dans un site unique ou plonger avec un gros mammifère marin...

Guillaume Nery Guillaume Nery

A suivre...

Un grand merci, Guillaume, pour ta gentillesse d’avoir répondu à mes questions de dernière minute alors que tu es en plein entraînement hivernal, et plein de bonnes choses pour 2010 !

Photos : Keith Pamper Photos de Guillaume Nery : Julie Gautier - BLUENERY

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