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21/12/2009

Voyage au coeur d'une nature préservée : Abu Dhabi

Entete abu-dhabi, la nature préservée
Ce n’est pas le premier endroit qui vient à l’esprit quand on pense à la mer, mais les photographies d'un très beau livre de Claude Rives, publié aux éditions National Geographic, changeront peut-être votre vision des choses. ue connaît-on d’Abu Dhabi ? Que c’est le « grand frère » de Dubaï, donc un des sept Emirats Arabes Unis ; qu'il est situé sur le golfe Arabo-Persique, qu'il y a du sable, du pétrole, et qu'il y fait une chaleur épouvantable durant les mois d'été. Ce sont, en général, les limites de nos connaissances.
Abu dhabi - dunes rouges contreforts du rub al-khaliAu sud de l’émirat ces dunes rouges sont les contreforts du Rub al-Khali. Elles culminent à plus de 200 mètres de hauteur entre les oasis de Liwa et la frontière de l’Arabie Saoudite.
La Fondation Total, Total ABK et l’Agence pour l’Environnement d’Abu Dhabi ont voulu en montrer un peu plus, l'autre vision du pays : celle de la préservation de la nature. En contraste avec les buildings et les folies qui font les Unes des magazines, les vraies richesses de l'Emirat s’appellent oryx, gazelles, outardes, dugongs et chats des sables.
Abu dhabi - outarde houbara d’ asieL'outarde houbara d'Asie (Chlamydotis macqueenii) a toujours été la proie favorite des fauconniers, car particulièrement appréciée pour la saveur de sa chair et les difficultés que présentent sa capture. Entre surchasse et dégradation des lieux de vie, l'équilibre s'est rompu et les outardes sauvages sont menacées d'extinction. En 1993, le gouvernement d'Abu Dhabi a créé le NARC : National Avian Research Center (Centre national de recherche aviaire) dont la mission est la reproduction de l'outarde houbara en captivité pour permettre ensuite sa réintroduction dans son environnement d'origine afin de maintenir une population viable en limitant la diminution des populations sauvages. Deux mois après leur naissance, les jeunes outardes sont relâchées dans la zone terrestre protégée de Baynunah, à 250 km à l'ouest de l'île d'Abu Dhabi, où elles sont ensuite suivies grâce au port d'un mini-émetteur satellite.
On peut dire, une pointe de jalousie dans la voix, que grâce à la découverte de l'or noir les habitants sont passés directement de l'ère du dromadaire à celle de la Ferrari, mais on ne peut pas critiquer leurs volontés de construire des hôpitaux pour soigner les rapaces, de réintroduire des espèces en voie de disparition et d’étudier les populations menacées de dugongs présentes dans le Golfe.
Abu dhabi - le falcon hospital
Le Falcon Hospital d'Abu Dhabi est le premier du genre. On y soigne plus de 4600 faucons par an, venus du monde entier.
Abu dhabi - dugong Estimée à ±7000 individus, la population de dugongs vivant dans les eaux du Golfe Arabique est la deuxième au monde après celle de l'Australie. Sa préservation fait l'objet d'un vaste programme scientifique mené par l'Agence de l'Environnement de l'émirat.
Abu dhabi - oryx La beauté de ses cornes a fait de l'oryx un objet de braconnage intensif. Mais grâce à la vigilance de Sheikh Zayed, quelques couples ont pu être sauvés avant la disparition totale de l'espèce. En 2009, plus de 400 oryx ont repris leur route dans le désert d'Abu Dhabi. La Fondation Total, Total ABK et l’Agence pour l’Environnement d’Abu Dhabi ont fait appel au photographe sous-marin Claude Rives parce qu’il fallait un grand spécialiste pour rendre justice aux parties du pays, cachées sous la mer, auxquelles un photographe terrestre n’aurait pas pu accéder. Abu dhabi - palétuvierClaude a passé cinq mois sur le terrain, supportant parfois des conditions de vie très difficiles, pour réaliser cet ouvrage. « De juin à août, le thermomètre que nous avions embarqué affichait parfois plus de 52° C : une température invivable pour tous les êtres vivants. Le désert des déserts, le Rub al-Khali, s’étend des côtes à l’Arabie Saoudite. C’est un des endroits le plus aride et difficile à vivre au monde - on raconte que des caravanes entières s'y sont englouties dans les sables. On n’y vit pas, on survit. A certaines heures de la journée, il ne faut pas être dehors, c’est terrible. »     Photo ci-contre : en raison de la forte salinité et des différences de température suivant les saisons, une seule espèce de palétuvier peut vivre dans les mangroves d'Abu Dhabi : Avicennia marina. Avant le pétrole, la richesse de l'émirat était les perles, dont la côte d'Abu Dhabi était la plus productive. Au début du XXe siècle, deux mille bateaux perliers sillonnaient le Golfe avec plus de vingt mille hommes à bord. Embarqués des mois durant dans des conditions épouvantables, les plongeurs subissaient la malnutrition et mouraient souvent d'accidents. La mer était synonyme d’horreur absolue. Puis l'autre richesse est arrivée. Et un homme remarquable et visionnaire, Sheikh Zayed, a décidé qu’il fallait protéger la nature. Son raisonnement était simple : si l’homme a pu survivre jusque dans les années 70, c’est parce qu’il protégeait les animaux du désert et qu’il chassait uniquement en prélevant ce dont il avait besoin, notamment en utilisant des faucons. Il fallait donc continuer à préserver les animaux du désert, les faucons et la nature – toute la nature.
Abu dhabi - flamands rosesComme les sternes, les cormorans et les balbuzards, les flamands roses (Phœnicopterus ruber) ont pris possession des aires marines protégées de l'émirat.
Donc plus de 6000 km2 d'ecosystèmes marins et côtiers ont été érigés en réserves marines surveillés par des rangers et interdits à la pêche et à la construction. Ces zones regorgent de pétrole et de gaz, mais les Abu Dhabiens ont décidé qu'ils ne toucheraient pas à ces aires protégées.
Abu dhabi - rangersVéritables sentinelles de la nature, les rangers se relaient 24 h/24 sur les aires marines protégées afin de préserver la faune et la flore des braconniers.
Abu dhabi - île de bu-tinahL'île de Bu-Tinah fait partie des 200 îles et îlots présents dans le golfe Arabique. Ils sont le support de grandes mangroves tandis que dans leurs zones immergées se développent coraux et prairies d'herbiers sous-marins.   Abu dhabi - île de marawahL’île de Marawah est au centre de la première réserve de biosphère des Emirats Arabes Unis. Comme elle, de nombreuses îles émergent des eaux du golfe arabique et constituent le support de grandes mangroves où se reproduisent et vivent oiseaux, crustacés, poissons, dauphins, tortues et dugongs. Abu dhabi - aire marine protégée de al-yasatTout à l'ouest de l'émirat, pratiquement à la frontière du Qatar, la petite aire marine protégée de Al-Yasat est le refuge de l'une des plus importantes colonies au monde de cormorans de Socotra (Phalocrocorax nogrogularis). Ses plages abritent également les pontes des tortues vertes et des tortues imbriquées. Abu dhabi - corniches de l’île d’abu dhabi Malgré une urbanisation intense, la mangrove qui borde les corniches de l’île d’Abu Dhabi continue à croître et à abriter de nombreuses espèces animales.
La mer ici peut-être aussi difficile à vivre que le désert, comme Claude Rives l'a découvert : « Les zones marines sont particulières, soumises à des amplitudes extrêmes de température : 17°C en hiver et 35°C en été. C’est le seul endroit au monde où le corail survit à plus de 35°C. Il y a beaucoup de courants, peu de fond, et quand le vent se lève, des déferlantes. Je me suis souvent encordé pour descendre et remonter à l'aide d'un bout, tellement il y avait de courant. Parfois j’avais l’impression de faire plutôt de l’alpinisme que de la plongée ! »
Abu dhabi - récifs avec “yenams”Dues à une demande croissante, les réserves halieutiques de l'émirat ont considérablement baissé ces dernières années mais les mesures prises tendent vers une reconstitution des stocks. Pour preuve, ces récifs où recommencent à évoluer des Plectorhinchus sordidus que les pêcheurs du golfe nomment « Yenam ».
Abu Dhabi ne serait donc pas la destination de rêve que les photographies du livre laissent imaginer ? « Si, si l'on veut bien sortir des sentiers battus et partir à la découverte d'une nature différente. Il y existe plusieurs bonnes structures de plongée, qui dépendent des hôtels, disposant de professionnels compétents et d'excellents bateaux... dont les glacières sont remplies à volonté de boissons fraîches. Ils ne s’aventurent pas très loin en mer, mais les plongées y sont néanmoins fascinantes : on trouve les mêmes espèces qu’en mer Rouge mais elles ne se sont pas développées pareillement. En 1998, pendant le triste épisode de réchauffement dû à El Niño, beaucoup sont mortes et on trouve maintenant peu d’espèces différentes, mais énormément d’individus. J'ai obtenu les autorisations de me rendre dans les aires marines protégées, notamment à plusieurs reprises dans celle de Marawa-Bu Tinah, premier site des EAU classé au Patrimoine mondial de l'Unesco. Lors d’une prise de vue près de l’île de Bu-Tinah, j’avais l’impression d’être observé. Je me suis retourné pour voir qu’il y avait 17 mérous qui me suivaient, et pas des petits ! »
Abu dhabi - mérou epinephelus coloidesLe mérou Epinephelus coloides appelé localement « Hamour » redevient très abondant dans les réserves marines.
Côté images sous-marines, on se régale en regardant les dugongs, ces doux géants que Claude a su si bien cadrer, les mangroves et les petits habitants des herbiers où ils broutent. Mais la beauté de ce livre est la vision globale qu’il offre d’une nature peut-être hostile, mais unique, étrange, fragile et colorée. Décidément, il y a plus à voir à Abu Dhabi que le sable et le pétrole. Abu dhabi - plataxLes platax commencent également à réintégrer les eaux du Golfe Arabique. Ils s'y déplacent en couple près des récifs.
Abu dhabi - algue brune lobophora variegata La belle algue brune Lobophora variegata est la seule macroalgue dont les thalles réussissent à se développer toute l'année sur les coraux morts du golfe.
Abu dhabi - nudibranches du golfe

 Véritables joyaux présents dans toutes les mers du globe, les nudibranches du Golfe arborent de magnifiques couleurs pour prévenir leurs prédateurs qu’ils ne sont pas comestibles.

Abu dhabi - organismes opportunistes Les organismes marins sont opportunistes. Ici de nombreux mollusques bivalves se sont fixés sur une bouée de signalisation abandonnée dans les eaux du Golfe et se sont eux-mêmes fait coloniser par des spongiaires rouges, des algues et des ascidies.  
Abu dhabi - poisson-ange à croissantLes poissons-anges à croissant (Pomacanthus maculosus) sont très abondants dans les eaux de l'émirat d'Abu Dhabi. Souvent solitaires, ils parcourent les récifs coralliens sur lesquels ils se nourrissent principalement de spongiaires et d'ascidies.
Abu dhabi, la nature préservée - couverture du livre de claude rivesAbu Dhabi, la nature préservée Photographies : Claude Rives Textes : Pierre Gouyou Beauchamps et Brigitte Thouvenot Editions National Geographic Format 28 cm x 30 cm, relié sous jaquette • 224 pages • 263 photos Prix : 35 € en librairie, un peu moins sur les sites : amazon.fr et fnac.com

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