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16/02/2008

L'écosystème antarctique menacé par les requins et les crabes

Source AFP

La vie menacée en AntarctiqueLe réchauffement climatique risque de bouleverser l'écosystème de l'Antarctique où requins et crabes, attirés par des eaux plus chaudes pourraient s'avérer de redoutables prédateurs pour les mollusques qui y vivent depuis des millions d'années sans être perturbés. "Il y a très peu de prédateurs dans l'antarctique capables de briser des coquillages et de ce fait les fonds marins de cette zone sont surtout peuplés d'invertébrés au corps relativement mou se déplaçant lentement, tout comme dans les océans il y a des millions d'années", a expliqué Cheryl Wilga, professeur de biologie à l'Université du Rhode Island (est). Jusqu'alors les températures de l'eau dans la péninsule antarctique restent toute l'année trop froides pour que des requins, d'autres poissons et des crabes puissent survivre. Mais depuis les cinquante dernières années la température a augmenté de un à deux degrés Celsius, sous l'effet du réchauffement du climat, ce qui est environ le double de la moyenne du globe, a-t-elle souligné lors d'une conférence de presse avec d'autres biologistes en marge de la conférence annuelle de l'Association américaine pour la promotion de la science (AAAS) réunie cette semaine à Boston (Massachusetts, est). "Il suffit que la température des eaux dans l'antarctique demeure toute l'année un peu au dessus de zéro et elles peuvent alors devenir habitables pour certaines espèces de requins ce qui au rythme du réchauffement pourrait se produire durant ce siècle", a relevé Cheryl Wilga. "Une fois que ces requins parviendront dans cette zone cela bouleversera l'écologie de la faune benthique (qui vit au fond des mers, ndlr) de l'Antarctique", selon elle. Outre les requins et d'autres poissons, les crabes sont en passe de revenir dans l'Antarctique de plus en plus chaud, a noté Rick Aronson, du "Dauphin Island Lab" en Alabama (sud). Pour la première fois depuis des centaines de millions d'années "les crabes pourraient perturber la composition de cette faune marine archaïque" restée intacte depuis l'ère paléozoïque, a-t-il dit. Cette période s'étend de 550 à 250 millions d'années. "Les communautés benthiques des bas fonds (plus de 100 mètres de profondeur) dans l'Antarctique sont uniques", a insisté ce biologiste. "Nul part ailleurs sur la planète on peut trouver des pycnogonides géants, des némertiens et des isopodes co-habitant avec des poissons dont le sang contient une protéine anti-gel", a-t-il précisé lors de la même conférence de presse. Sven Thatje, du centre national océanographique de Southampton en Grande Bretagne, a jugé la situation potentiellement catastrophique requérant une action urgente pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. "Les crabes sont massés aux portes de l'écosystème arctique attendant dans les eaux profondes, prêts à conquérir les bas-fonds antarctique", a-t-il averti. "Seulement deux cent mètres bathymétriques (mesure de la profondeur des mers, ndlr) les séparent désormais de l'écosystème plus froid de l'Antarctique", a ajouté ce biologiste marin. Cet océanographe avait fait cette découverte avec un groupe de scientifiques britanniques en janvier 2007. "Ce serait une perte tragique de la biodiversité dans l'un des rares endroits encore préservé et vraiment à l'état sauvage de la planète", a-t-il insisté aux côtés des deux autres scientifiques.

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