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27/05/2008

Epave Lamoricière : Interview Exclusive avec Luca Laudati

...suite de l'article concernant la découverte de L'epave du "Lamoriciére"

Nous avons pu obtenir une interview exclusive de Luca Laudati membre de L'Equipe Italienne qui a retrouvé le navire.

L'interview en podcast

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Réalisé par Patrick Venturini / Plongeur.com

: Tout d'abord, je voudrais te remercier au nom de toute l'équipe de Plongeur.com ainsi que de tous les membres du site d'avoir accepté cette interview. Pourrais tu nous dire comment vous est venue l'idée de partir à la recherche de Lamoriciére ? Luca : Guido Pffeifer, directeur de la revue Sub en Italie, possède une base en Espagne équipée d'un Bateau de recherches, d'un Robot et de tout le matériel nécessaire aux recherches subaquatiques. Son équipe n'en était pas à sa première recherche, elle avait déjà découvert les épaves du Pégaso et L'impétuoso qui étaient les 2 torpilleurs d'escorte du cuirassé Roma, coulés en 1943 au large des Baléares. Ensuite elle découvrit l'épave du Sirio, coulé au large des cotes espagnoles. Et dernièrement une épave romaine avec à son bord de nombreux canons de bronze. Guido n'est donc pas novice en la matière ; et au cours de ses différentes recherches, de nombreux témoignages lui faisaient part de la Tragédie du Lamoricière coulée dirons nous dans le même secteur. Selon les informations qu'il possédait ; il semblait que l'épave se trouvait sur des hauts fonds de plus de 2000m. Jusqu'au jour où il entendit que plusieurs pécheurs du secteur avaient remonté dans leurs filets des jouets d'enfants et des chaussures type militaire. Nous avons donc recoupé nos informations, en sachant qu'effectivement des familles et leurs enfants, ainsi que des militaires, revenaient d'Algérie et de Marseille. En interrogeant plus précisément ces pécheurs, nous nous sommes aperçus que leur pêche avec ce type de filet ne pouvait excéder les 200m de profondeur. Nous avons donc défini une zone de recherche en fonction de leurs indications, des courants dans le secteur et de la route possible du bateau. Les fonds plats et sablonneux du secteur, entrecoupés par des amas rocheux très importants, pouvaient à chaque instant faire croire à la présence d'une épave.   : Avec quel type de matériel avez-vous poursuivi les recherches ? robot-1.jpg Luca : Après plusieurs mois et un quadrillage de plus en plus restreint nous avons enfin pu retenir un écho sonar sérieux laissant présager une épave. Nous avons donc pointé cet écho par GPS. Nos 2 plongeurs spécialisés en plongée profondes Guido Pfeiffer et Claudio Corti sont descendus pour vérifier cet écho, doublés par un Robot qui nous confirmera la présence de l'épave. : comment avez-vous mis en place cette collaboration avec l'équipe Espagnole ? Luca : Comme je l'ai déjà indiqué, cette équipe est déjà rodée et travaille ensemble depuis déjà pas mal de temps dans les eaux proches des Baléares. Chacun à son rôle bien déterminé. Ci-joint en fin d'interview les membres de l'équipe et leur rôle. : Qui finance cette expédition ? Luca : Cette opération est financée entièrement par La revue Sub !!   : Aucun Sponsor ne vous a aidé dans cette opération ? Luca : La revue Sub et son Editeur Guido Pfeiffer sont les seuls mécènes pour cette recherche. Tu peux imaginer le coût engendré par cette expédition en sachant que du port d'attache du bateau de recherche à l'endroit où se situe l'épave il faut plus de 2 heures de route soit environ 600 euros de carburant.   : Qui a effectué les premières plongées sur l'épave : les plongeurs ou le robot ? Luca : en fait pratiquement les 2 ensembles, Guido et Claudio qui sont nos 2 plongeurs Teks, sont descendus jusqu'à 120m pour identifier l'écho sonar, mais les courants étaient tellement violents qu'il leur était pratiquement impossible de se maintenir accroché à la ligne de vie. Le robot a donc pris le relais pour descendre jusqu'à 156 m où se trouve Lamoricière.   robot align = : Quelle était la visibilité lors des plongées ? Luca : A cette profondeur il fait presque nuit et de plus ,dans de cette zone de fort courant, l'eau était très troublée par le sable et les particules en suspension. Le courant était tellement violent qu'à plusieurs reprises nous avons failli perdre le robot, qui malgré ses 6 moteurs, n'arrivait pas à faire face à celui-ci.     : Quelle a été votre première vision du bateau ? Luca : L'épave est coupée en 2 parties. Nous avons identifié pour l'instant une seule grande partie la proue (l'avant du bateau) et la partie centrale du bateau. L'ensemble repose complètement retourné sur un fond sablonneux à coté d'un énorme tombant.   : L'épave est donc complètement retournée ? Luca : Oui, entièrement, tout autour nous avons pu distinguer plusieurs éléments du bateau mais effectivement la totalité repose retournée sur le fond. Sur ce petit plateau sablonneux, il manque donc totalement la poupe (l'arrière du bateau) .Nous pensons que lors de la descente, le bateau se soit coupé 2/3 - 1/3 et que la partie arrière soit tombée au fond de ce tombant d'une profondeur d'environ 400m.   : avez-vous distingué les 2 grandes cheminées de bateau ? Luca : Non, nous n'avons pas visualisé ces cheminées. Pour rappeler l'historique ce bateau était conçu pour fonctionner au fioul lourd, mais durant la guerre, le carburant manquant, il fut transformé pour fonctionner au charbon. Cet d'ailleurs un des motifs de cette tragédie.En le transformant ainsi, le bateau perdit de sa puissance et surtout des zones avaient été « ouvertes » pour la combustion du charbon dans les chaudières. Le jour du drame, le bateau dû affronter une grosse tempête, son manque de puissance le rendit difficilement manoeuvrable et les énormes vagues s'engouffrèrent dans ces parties laissées à l'air libre. Le bateau, ainsi rempli, commença à se coucher sur le flanc.   : Sur un témoignage audio d'un des rares rescapés, celui-ci nous indique que les canots de sauvetages n'ont pu être utilisés. Peux tu nous en dire plus ? Luca : C'est exact, le bateau étant couché presque totalement sur tribord, les canots étaient, de ce coté, déjà immergés ,et ceux coté bâbord, complètement suspendus sur la coque, donc impossible à mettre à l'eau. de plus il faut se rappeler que le drame s'est déroulé de nuit en plein mois de janvier avec une température très basse, ce qui pourrait expliquer que de nombreuses personnes ont préféré rester à bord plutôt que de se mettre à l'eau.   : Combien de plongées avez-vous effectué sur l'épave ? Luca : Le nombre exact, je ne saurais le dire précisément, mais à chaque fois il s'agit davantage de plongées techniques servant d'assistance au robot que de plongées d'exploration du navire. Les conditions d'explorations ont été rendues très difficile par le très fort courant et une mauvaise visibilité .Plusieurs fois notre équipe a du plonger pour démêler les câbles du robot pris dans la structure.   : Toi-même, as-tu plongé sur l'épave ? Luca : Non je suis toujours resté en surface pour analyser les images   : Vous receviez les images en direct du Robot ? Luca : Oui, 2 types d'images, des images vidéo et photo numérique .Nous étions chargés de piloter le robot depuis le bateau. En fait le pilotage est assez simple car tout se fait à partir d'un joystick ; le plus difficile étant d'apprécier les distances à travers les images que te renvoie la caméra.   : Avez-vous l'intention de refaire une expédition sur Lamoriciére ? Luca : Normalement oui, car nous voudrions terminer le travail que nous avons commencé, en particulier retrouver la poupe du navire. Cela va être très difficile car comme je te l'ai indiqué, elle doit se trouver à plus de 400 m de fond. Néanmoins nous espérons y parvenir car notre équipe vient de faire l'acquisition d'un nouveau robot, appelé VICTOR, qui pourra descendre à cette profondeur. En espérant que la partie arrière du navire se trouve bien à cette profondeur car au delà il nous sera impossible de l'atteindre.   : L'épave étant renversé, comment étiez-vous sur de l'identification ? Luca : L'épave est complètement retournée, de nombreux éléments sont éparpillés, mais la proue du bateau est totalement intacte et nous avons pu photographier le nom du Navire « Lamoriciere » situé à l'avant.   : Comme tu as pu le lire sur notre Forum, de nombreuses personnes ayant perdu un membre de leur famille se sont manifestées. Avez-vous l'intention d'écrire un livre avec l'ensemble de vos photos ? Luca : Pour l'instant ce n'est qu'un projet. En juin notre revue éditera un reportage complet de l'expédition avec de nombreuses photos à l'appui. Nous avons déjà 2 contacts avec des maisons d'édition mais encore rien de concret n'a été décidé.   : Avez-vous l'intention de remonter 1 ou 2 objets symboliques afin que les familles puissent faire le deuil des personnes disparues ? Luca : Absolument pas, en premier lieu cela est interdit par la loi et dans un second temps notre équipe a toujours privilégié l'histoire et la recherche de la vérité plutôt qu'être des chasseurs d'épaves. Je crois que ce lieu doit rester un sanctuaire en mémoire de toutes ces personnes disparues.   : Luca, encore merci pour nous avoir accordé ces quelques instants avec toi. Plongeur.com va maintenant rester en contact avec toi pour nous relater votre prochaine expédition. Luca : Merci à vous. Dés la parution du Magazine Sub avec le reportage, Plongeur.com sera le dépositaire et pourra vous transmettre la revue. Les premières images du navire nous serons transmises dés la sortie officielle du magazine d'ici 3 semaines.

Voici la composition des membres de L'Equipe :

Guido Pfeiffer: Directeur de La Revue SUB

Flory Calò: Co-Directeur de la Revue SUB

Luca Laudati: Vice-Directeur de la Revue SUB

Claudio Corti: Président de la TSA-Trimix Scuba Association-

Alejandro Fernandez: Medecin Hyperbar du centre de Médecine Subaquatique de Minorca

Jordi Moya: Medecin Hyperbar du centre de Médecine Subaquatique de Minorca

José Moya: Plongeur

José Almagro: Spécialiste Historien de la mer de Minorca

et bien sur....Teo: Robot filoguidé de la série Prometeo

 

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