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19/05/2009   par Plongeur.com

Vous en dites quoi, Monsieur le Président ?

L’élection de Jean-Louis Blanchard à la présidence de la FFESSM en mars 2009 a provoqué de nombreux commentaires sur le forum de Plongeur.com. Voici quelques réponses et réflexions du nouveau président sur son rôle, sur la Fédé et sur lui-même. DJean-Louis align =’emblée, l’homme me plaît. Son accueil et sa franchise sont aussi clairs que ses yeux bleus. Jean-Louis Blanchard m’invite dans son bureau au siège de la FFESSM sur le Vieux-Port de Marseille pour commenter les critiques émises à son égard sur le forum de plongeur.com. Au-dessus de sa tête, une photo du Commandant Philippe Tailliez rappelle aux visiteurs que Jacques-Yves Cousteau n’est pas le seul grand nom de la plongée. Jean-Louis m’assure qu’il a lu le fil du forum et trouve que «c’est hallucinant, au XXIe siècle, d’être à ce point à côté des choses alors qu’on a une surabondance d’informations par les médias, par le net, par la presse spécialisée - mais ce n’est pas spécifique à la plongée - je crois que c’est un phénomène de société. Incroyable !» Le mot qui le fait le plus rouspéter est “vieux”, qui revient souvent sur le forum. «On a l’impression que lorsqu’on est dirigeant d’une fédération, on est un vieux monsieur en rond de cuir, loin du terrain et les gens ont faux sur toute la ligne. Je suis le plus jeune président que la Fédé ait eu depuis sa création. Il n’y en a jamais eu de plus jeune et quand je vois les dirigeants actuels de maints autres organismes internationaux de plongée, ce sont eux les vieilles barbes !» J’ai demandé à Jean-Louis de me raconter son parcours jusqu’au fauteuil de président : «Je pratique les activités subaquatiques depuis mon tout jeune âge. Je suis moniteur de plongée et BEES 3e degré en plongée subaquatique. J’ai habité aux Antilles, à la Guadeloupe, de 82 à 89. J’ai été professionnel dans la plongée ; j’ai travaillé dans des structures professionnelles - j’avais d’ailleurs une SARL dans la plongée. J’ai énormément œuvré dans le secteur associatif puisque j’ai été entre autres vice-président de la FFESSM, président de la Commission Technique nationale de la FFESSM, président de la commission de l’enseignement à la CMAS à Rome, expert en normalisation dans le domaine de la plongée. Ce qui fait que, et cela ne ressort pas du tout dans ce que je lis sur le web, je suis sans doute, sur le plateau français, l’un de ceux qui connaissent le mieux la situation internationale et qui a les rapports les plus étroits avec tous les organismes internationaux et européens.» Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si l’homme plonge toujours. Il me répond comme si la question était vraiment étrange : «Oui ! bien sûr ! Je ne fais que ça partout dans le monde entier. Je plonge sans arrêt. Y compris dans des endroits que les gens connaissent mal. Par exemple, je plonge dans les fjords en Norvège, je fais des expéditions lointaines dans des îles perdues, je plonge tout le temps !» Sur le forum s’est tenu un échange sur la rémunération d’un président de la FFESSM. Est-il payé par l’État ou par la Fédé ? Jean-Louis me répond : «Par personne ! Je suis bénévole. Ça étonne les gens, mais c’est une question de philosophie du droit du sport. C’est aussi une question de choix de société, telle que l’a voulue la législation française. Je suis là par conviction. Certes je ne paie pas de ma poche - j’ai un bureau et mes déplacements sont pris en charge, mais je ne suis pas salarié - c’est ce qui fait la différence avec les organismes nord-américains, justement.» Les grandes lignes du programme de Jean-Louis Blanchard ont été publiées et il est trop tôt pour savoir s’il va faire bouger la FFESSM. Mais comme il dit, la Fédé est une vieille dame maintenant, «une structure historique, qui a des cheveux blancs, qui est européenne et échappe en partie à la vision mondialiste et hégémoniste installée par PADI et plus généralement par la plate forme RSTC. Je suis dirigeant de la fédération française, donc je défends la fédération française. Je ne vais pas me tirer une balle dans le pied et me déshabiller au profit du RSTC ou autre, c’est évident. La discussion, le dialogue, je suis pour, maintenant se faire hara-kiri, évidemment non. Il y a des limites à ne pas franchir.» Jean-Louis align =Un échange l’a laissé un peu perplexe : c’était celui sur les structures de plongée ‘multicartes’, ou l’on peut faire des formations FFESSM ou ANMP, PADI, NAUI, SSI, etc. Pour Jean-Louis, il y a une confusion à clarifier : «Un professionnel a parfaitement raison d’être multicarte et de proposer plusieurs produits à ses clients. Où est le problème ? La fédération n’est certainement pas dans une situation de monopole. Elle l’est dans son secteur associatif, mais dans le secteur associatif, par essence, il n’y a pas de but commercial pour lui même. Donc effectivement une association qui rentre dans la Fédération s’intègre ainsi dans un organisme qui a une mission de service public qui lui est confiée par l’État français pour le développement du sport, l’éducation et la formation des citoyens, l’épanouissement au niveau social. Ça c’est le cœur du système associatif. Alors là, effectivement, il existe un quasi monopole. Mais chez les professionnels, on est dans une logique différente. Notez toute fois que les professionnels sont attentifs à la FFESSM, puisque plus de 80% d’entre eux sont rentrés à la fédération en tant que SCA (Structures Commerciales Agréées).» Ce qui lui tient le plus à cœur, c’est justement ce rôle de promotion du sport. Il en parle très bien quand je l’interroge sur la baisse du nombre des licenciés, qui, bien que stable actuellement, a baissé par rapport au début des années 2000. «Une fois de plus, ce que les gens ignorent c’est que la fédération, ce n’est pas que la plongée. On veut nous opposer sur des domaines où nous ne sommes pas opposables. Le RSTC*, par exemple, c’est de la plongée commerciale. La Fédération Française ne s’occupe pas que de la plongée. Nous sommes une fédération sportive. Il est temps de se rappeler de l’aspect ‘sportif’. L’État nous a confié la mission de développer le sport. Et le sport, c’est quoi ? Certes la plongée qui est une activité sportive de loisir, mais aussi la nage avec palmes, le hockey subaquatique, le tir sur cible, la nage en eaux vives, etc. Donc forcément nous avons des contraintes, ou au contraire on pourrait dire des qualités, qui nous sont propres et que l’État nous reconnaît. Pendant que nous nous occupons de nage avec palmes à l’international, PADI et autres n’interviennent pas. Il n’empêche que c’est notre boulot et les gens l’oublient systématiquement. Ensuite nous développons la plongée au sein des associations, et nous assumons dans notre mission de service public, le bénévolat. Quand on prononce ce mot-là dans une réunion avec RSTC ou autre, on a l’impression de dire un gros mot. Le bénévolat. Mais oui, mais c’est en partie notre fonds de commerce. Nous devons aider, accompagner des individus. C’est dilettante ça, faire du social ? Faire de la plongée à bas prix en secteur associatif ? Quant à la baisse de licences, justement, on observe un phénomène de stagnation parce que parmi d’autres facteurs socio-culturels le pouvoir d’achat baisse et qu’un grand nombre de personnes n’ira de toute façon pas chez les organismes nord-américains parce que c’est trop cher. Mais même chez nous le seul fait de prendre la licence, c’est parfois cher. Je pense à des étudiants, des familles défavorisées, des jeunes en situation difficile - toutes ces populations dont on doit s’occuper et actuellement on est même en train d’étudier des possibilités de pratiquer hors licence. C’est ce qu’on appelle les ATP : autres titres de participation. Avec notre programme et justement une dynamique beaucoup plus sociale envers les municipalités, les clubs d’intérieur et autres, on espère faire remonter le nombre de licences.» Je le crois. Si j’ai cité ses propos mot pour mot et si longuement c’est parce que j’ai trouvé l’homme crédible. Merci Monsieur le Président.

Carole Pither

*RSTC = Recreational Scuba Training Council. RSTC est une Confédération internationale regroupant plusieurs Fédérations internationales. Les membres affiliés à RSTC Europe sont: PADI, SDI, SSI, ACUC, NASDS, PSS, SNSI, BARAKUDA et IDEA Europe. Pour ne pas les citer individuellement, Jean-Louis préfère regrouper les différentes organisations sous ce terme.

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