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24/03/2009

Faut-il avoir peur des requins ?

requin.jpg crédit : François Serano – Longitude 181 Nature

En France, la mort d’un jeune étudiant à Nouméa relance la question de la dangerosité des squales. Ces dernières semaines, trois Australiens ont également été victimes d’attaques de requins : un surfeur de 15 ans s’en est sorti avec des blessures graves à la jambe, un plongeur militaire a perdu un bras et une jambe, et un autre surfeur a perdu sa main quelques jours après une opération pour la rattacher.

À croire certains reportages dans la presse à scandale, des centaines de requins rodent autour des côtes en attendant de pouvoir bouffer du baigneur. Les ventes de gadgets pour éloigner les requins sont en augmentation, et pourtant le nombre de requins dans les océans ne cesse de diminuer, à tel point que certaines espèces sont menacées d’extinction.

Selon les pêcheurs locaux des régions où les attaques ont eu lieu, ce sont des mesures anti-pollution qui attirent les bancs de poissons, et leurs prédateurs, plus près des côtes. L’été a été particulièrement chaud dans l’hémisphère Sud, il y a donc eu plus de monde sur les plages et dans l’eau, augmentant les statistiques d’attaques de requin. Mais si cette année, c’est l’Australie qui est dans les médias, cela n’a pas toujours été le cas : précédemment l’Afrique du Sud et Miami ont connu la tête du classement.

En moyenne, entre 50 et 100 personnes sont victimes chaque année d’attaques de requin, et moins de 10 meurent de leurs blessures. Comparé aux millions de gens qui se baignent chaque année, le risque de mort par attaque de requin est aussi minime que celui de se faire tuer par une piqûre d’abeille ou une ruade de cheval. En ne comptant que les États-Unis, il y a 550 fois plus de morts par noyade. C’est peut-être là où se situe le problème : dans les océans, les requins sont chez eux.

Sur 400 espèces de requins, seulement 27 ont été cités dans des attaques. Les quatre espèces les plus dangereuses sont le grand blanc (Carcharodon carcharias), le requin tigre (Galeocerdo cuvier), le requin taureau (Carcharhinus leucas) et le requin océanique (Carcharhinus longimanus). Personne ne sait exactement pourquoi ces squales attaquent des humains, mais les experts sont généralement de l’avis que leur morsure est plutôt faite pour « goûter » une proie potentielle. Quand on voit la vitesse, la précision et la violence avec lesquelles un requin attaque et tue une otarie, on doit admettre que la simple morsure infligée sur un surfeur, même avec une issue fatale, est d’une tout autre nature.

Mais face à l’improbabilité de se faire attaquer par un requin, doit-on prendre quelques précautions quand même ? Rien que l’idée d’une telle attaque est suffisante pour donner des sueurs froides à certains, et de toutes les morts horribles, celle de se faire manger par un requin est de loin la plus terrifiante. Les conseils des experts sont d’éviter de nager ou de surfer seul : la présence d’un compagnon peut empêcher une attaque, ou dans le cas d’une attaque, il pourrait porter secours. Ne pas nager à la tombée de la nuit ou à l’aube quand les squales chassent activement et éviter les zones où une attaque vient de se produire, où la présence d’un requin de plus d’ 1,5 mètre a été signalée. Il faut aussi éviter les embouchures de rivières après les pluies, les alluvions pouvant attirer des requins.

Chaque attaque de requin provoque aussi des commentaires dans la presse sur le fait qu’il ne faut pas en parler parce que l’animal a déjà suffisamment mauvaise réputation, qu’il est difficile à protéger et moins sympathique qu’un dauphin. Mais faut-il en avoir peur ? Iriez-vous faire un pique-nique dans la savane africaine devant une troupe de lions ? Non - parce que vous respectez leur territoire et leur besoin de chasser. C’est la même chose avec les requins – apprenons à respecter leur territoire et leur besoin de chasser. Si, à la place de vider l’océan de ses habitants, nous faisions en sorte que les requins aient de quoi manger ailleurs, ils n’auraient peut-être plus envie de goûter à l’homme.

Longitude 181On peut se renseigner, et participer à l’action pour aider les requins de la Nouvelle-Calédonie en cliquant sur ce lien : http://www.longitude181.com/actu/suite.php?newsid=44


  • Biologie sous-marine, Faune et Flore


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