MAGAZINE

News

25/10/2007

Dugong Masqué démasqué !

Portrait align =Comment es-tu venu à la plongée ? Où as-tu débuté ? Je suis arrivé à la plongée beaucoup trop tardivement.... Etant né en bord de mer, entre Normandie et Bretagne, j'ai toujours adoré l'eau en général et la mer en particulier. Je l'adore pour y flotter, y naviguer, m'y tremper ou simplement m'asseoir face à elle en jouant les philosophes romantiques perdus dans leurs abyssales pensées....jusqu'à ce que je m'interroge sur le coefficient de marée ou la meilleure façon de préparer un turbot ! Pourquoi si tardivement alors ? Parce que mes amis plongeurs N2 dont je m'émerveillais des récits d'aventures subaquatiques étaient de solides sportifs s'adonnant à bien d'autres disciplines à sensation, très éloignées de mes capacités physiques sur lesquelles je reviendrai. Du coup, pour moi, la plongée était un sport requérant une condition d'athlète qui de facto m'excluait de cette confrérie. Je ne leur avais même pas posé la question pour leur donner une chance de me détromper ! Je restais donc dans ma frustration ridicule... Et puis un jour, à l'aulne d'un changement professionnel et d'une mise à plat de mon emploi du temps, j'ai franchi le pas ardemment en m'inscrivant à une séance de baptème organisée par le comité d'entreprise de mon employeur. C'était en septembre 2002, et malgré une exploration limitée à des carreaux de faïence, j'ai dû retourner mon dossier d'inscription dans la semaine suivante ! Bref tout cela pour dire que je ne suis pas venu à la plongée par soif du dépassement de soi. Comment décris-tu ton parcours de plongeur? Mon parcours de plongeur s'inscrit intégralement dans le cadre de mon club. J'y ai passé mon N1 en 2003 puis un niveau supplémentaire tous les deux ans jusqu'au N3 en avril dernier. En effet, mon club est un club formateur dont la vocation première est de faire progresser ses adhérents. Nos cursus prennent donc leur temps, l'évolution en milieu naturel rythmé par nos sorties en mer valant tout autant que les examens formels. Lorsque j'ai commencé à plonger, je ne savais même pas si je pouvais passer le N1...l'ayant eu, je m'estimais déjà bienheureux, laissant mes amis dans leur tour d'ivoire du N2. Du coup, j'étais parvenu au même niveau d'excellence de mes pairs, je me reposais sereinement sur mes lauriers jusqu'à l'année suivante où, toujours gentiment poussé par mon club, je débutais ma formation N3 ! Il faut dire qu'entre temps, dès ma deuxième année, enthousiasmé par cette nouvelle vie sportive et conviviale, j'ai eu la faiblesse (au sens où une unique flaterrie avait suffit....), d'accepter le poste de secrétaire de mon très cher club. Pour qui connaît les joies de la vie associative, le secrétariat d'un club de 140 membres environ procure des sensations insoupçonnées, surtout à la rentrée avec sa traditionnelle course aux dossiers d'inscription....la saison de la chasse est ouverte ! lacher align =   Où et à quelle fréquence plonges-tu ? J'ai fait mes premières bulles dans la Grande Bleue, du côté de Saint-Raphaël. Un souvenir encore douloureux....cela faisait donc des années que je rêvais d'explorations sous-marines et je m'étais enfin lancé; j'ai dû en outre investir dans une combinaison sur mesure du fait d'une morphologie....disons particulière, plus proche de l'orang-outang que de Ian Thorpe (mais humanoïde quand même, je tiens à rassurer tout le monde! ). Enfin bref, j'étais fin prêt, après une année de formation, carte de N1 en poche! Briefing sur le bateau, légère angoisse montante, mise à l'eau....tout le monde est ok, on y va, immersion! Pschiiiiit ! Il n'y a pas que ma purge haute qui fait pschit, 1m, 8', tels sont les paramètres de cette fabuleuse première fois, il parait que ce n'est jamais parfait la première fois... jamais parfait, peut-être, mais là, pas facile de se consoler. Depuis, j'ai travaillé sur moi, sur la répartition du lestage en particulier, surtout grâce à la patience des moniteurs qui m'ont offert des séances particulières pour mes deuxième et troisième bulles, ensuite plus grand chose ne m'a arrêté... Et surtout pas la très grande chance de pouvoir plonger dans quelques uns des endroits idylliques que compte la planète bleue: la Bretagne souvent (si si pour qui aime les tourteaux, les laminaires, les épaves et les galettes, il n'y a pas mieux!), la Méditerranée (Saint-Raphaël, Port-Cros, le Lavandou, les Iles Medes ou Mérouland), la Mer Rouge (4 séjours dont une croisière -le Saint John - et un séjour "4x4" très sympa et toujours le même banal émerveillement!) et les Caraïbes sur la deuxième barrière coralienne du monde, au Belize, "I Dive Blue Hole" celui au-dessus duquel la Calypso est venue se faire prendre en photo. Vous l'aurez deviné, je plonge principalement avec mon club dont le programme annuel exploite au mieux les ponts et autres vacances scolaires, se déroulant principalement autour d'un week-end fin septembre à Saint-Raphaël (notre base-arrière), un week-end prolongé début novembre (en Méditerranée pour une destination inédite dénichée par par notre section "sorties"), une semaine au printemps (alternativement à Saint-Raphaël pour nos stages de passages de niveaux ou en Mer Rouge pour une détente intégrale!) et enfin un ou deux week-end bretons (pays des Abers, Trébeurden, les Glénan, Quiberon....) pendant les ponts du mois de mai, ajoutez à cela les petits séjours "perso" entre amis et voilà une année bien fournie sans risquer l'écoeurement ! Avec tout ça, on arrive à 144 ploufs en 5 années de pratique, même si la première année compte à peine pour une demi, formation N1 oblige. En fait, je ne me rappelle pas avoir manqué le moindre séjour organisé par le club, en tout cas, jusqu'à maintenant !   Où as-tu préféré plonger? Je n'ai pas d'endroit de prédilection à part ceux où je n'ai pas encore plongé! J'ai de merveilleux souvenirs de plongée et d'autres nettement moins éblouissants dans quasiment chaque endroit....en ce qui concerne les meilleurs et dans le désordre, ma première belle épave bretonne (l'Elektra dans le finistère nord) avec l'exploration de sa coursive arrière où la lumière du jour transperçait la turbidité de l'eau par les hublots, ma première tortue (ahhhhh Caroline...ben quoi elle ne s'appelle pas Caroline chez vous?), en Egypte, ma première et unique Raie Manta à Elphinston, mon premier Dugong toujours en Egypte, ma première famille de Dauphins très bavards à Belize, la liste est longue et il n'est pas prévu de s'arrêter là! Quelle est ta prochaine destination? Moi qui adore les tas de "tôles", j'ai hâte d'aller tâter le Rubis ! Sinon cet hiver, au chapitre "perso", j'aimerais beaucoup aller faire une petite croisière aux Maldives, en toute simplicité, avant qu'elles ne coulent.... Ensuite, peut-être une croisière BDE en Mer Rouge (Brothers Daedelus Elphinston) , les 7 frères à Djibouti et après un petit plouf en Floride du côté des Keys (dommage, l'Oriskany est mouillé complètement à l'autre bout de l'Etat qui est long! donc pas facile de combiner les deux au cours du même séjour) et après le Pacifique Nord et ses forêts de Kelp ....et après et après....si je n'avais pas conscience des 30 cm de visi sur les plages normandes du Débarquement devant lesquelles j'ai grandi, je me serais bien laissé tenter.   Quel est ton rêve de plongée? Mon rêve de plongée? Alors ce serait une plongée avec des otaries, un requin baleine, une escadrille de mantas, une patrouille d'orques, l'épave du Titanic....ben quoi on avait dit un rêve non?   Que souhaiterais-tu dire par rapport à ton handicap, ce que la plongée t'apporte, les freins, facilités ou motivations rencontrées? Ah oui, j'ai failli oublier: je suis handicapé! Et malgré cet effet de manche à deux balles, c'est vrai que j'ai pu trouver dans la plongée l'activité idéale pour échapper à cette réalité: échapper d'abord à l'attraction terrestre (peut-être n'y prêtez-vous plus grande attention mais elle est bien là) et se retrouver à "égalité" avec les valides dans un milieu qui, quelle que soit son attraction à son égard, n'est pas le notre. Alors bien sûr j'ai mis de côté mes a priori de sport physique pour réaliser qu'il s'agit avant tout d'une histoire de sensation. Mais il n'en demeure pas moins un aspect plus pratique, disons bassement "matériel", qui sans aller jusqu'au grand cirque de la plongée "tech", peut poser un problème pour qui éprouve déjà quelques difficultés à se déplacer par lui-même en surface.... C'est là que je dois reparler de mon club et de ses cadres et adhérents. Sortez vos mouchoirs.... Ce club n'a rien d'une structure spécialisée 'handisport", il n'avait jamais à ma connaissance connu de "tel cas". Mais alors, comment a-t-il géré la situation? Tout simplement en ne faisant aucune distinction. Bien sûr, mon handicap n'est pas lourd au point de nécessiter une infrastructure particulière, mais je reste convaincu que beaucoup n'auraient même pas cherché à savoir si c'était possible en m'expliquant que le N1 est déjà bien. Et ma fainéantise naturelle s'en serait contentée! Malheureusement pour moi, la plongée est un sport de fainéant (pas d'effort pendant, après et avant la plongée, on ne sait jamais...) j'y étais donc prédestiné! D'où un niveau atteint que j'étais loin d'imaginer possible pour moi. C'est fou comme la passion peut être communicative quand elle est bien transmise. lacher align =Et s'il n'y avait que ça. La plongée est une école d'autonomie, entre autre, et le N3 en constitue le diplôme de sortie, avant les études supérieures. Là où la dimension militaire d'une vision trop simpliste de cette activité (qui a dit "archaïque"?) disparait, c'est que je n'ai jamais porté un bloc, jamais réussi à mettre ma combi semi-sèche seul, jamais traversé un platier sans une rembarde mobile, jamais fait plus de 100m à pied sans qu'un moyen de transport plus ou moins improvisé soit trouvé, jamais remonté sur un zodiac sans ressentir une étrange et très momentanée absence de gravité me hissant par les épaules, jamais capelé 500m vers un bateau taquin sans un inespéré propulseur d'appoint, bref jamais profité de cette passion commune qui nous anime sans cette aide discrète mais salutaire que je n'ai jamais eu à solliciter pour qu'elle se manifeste. Certains veulent voir dans le doux sobriquet sous lequel on me connait au club "Queen Marie" (du fait de mon patronyme typiquement bas-normand) le reflet de mon inclinaison à l'économie de mouvements tendant à exploiter sans vergogne cette admirable solidarité....Il n'en ai rien! Je l'exploite, certes, mais avec l'affection qu'aurait pour ses sujets, une Altesse d'un temps où les privilèges étaient le fondement de la pensée, affection qui se retrouve dans le salut de la main que je leur adresse depuis mon carosse....enfin plutôt depuis l'indatable 504 break égyptienne qui m'amenait au bateau ! Comme quoi l'humanité toute entière semble se liguer pour me mettre à l'eau ! A l'instar de cette vieille dame de Sèvre qui n'a jamais vu la crise et doute donc de son existence, j'ai tendance à trouver cela tellement naturel que le problème du handicap ne se pose pas pour moi. A la lecture du forum dédié à ce sujet sur plongeur.com, la réalité peut paraitre moins idyllique. Mais à chaque problème soulevé, un contre- exemple d'humanité est opposé prouvant que les bonnes volontés ne manquent pas pour faire évoluer les choses!   Comment as-tu connu plongeur.com? Et bien comme tout le monde, en s'ennuyant ferme au bureau! Non? Je n'ai appris que bien plus tard, en reconnaissant quelques tampons caractéristiques dans les avatars de certains membres que d'autres adhérents ou encadrants y grenouillaient régulièrement, comme Nitrox21 pour ne citer que lui (pardon à tous les autres!).   A quel type de discussion participes-tu sur le forum? Ma participation sur le forum ne reflète pas forcément ma vision aux multiples facettes de la plongée: sportive, technique (tant théoriquement que matériellement), biologique, physiologique, ethnologique (qui a goûté à la vie associative me comprendra), exotique (quand les franchises bagages dépassent les 15 kgs), etc... Je lis un peu de tout sur le forum, je discute principalement sur le matos, je fais également quelques incursions dans la salle "plongée et handicap" même si je dois souvent m'excuser de ne pas toujours comprendre les difficultés certains de mes coreligionnaires tellement ma tâche est facilitée par mes sujets :-)  

portrait border =

 

  • Portraits - Personnalités


SUR LE MÊME THÈME