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26/08/2011

TARA, le bateau scientifique en escale à Papeete

Le bateau scientifique Tara est à quai à Papeete-Tahiti depuis le 13 août 2011. De retour de deux missions scientifiques menées aux Marquises et aux Gambier, les chercheurs et scientifiques organisent la goélette pour ses prochaines étapes : Moorea, Hawaï puis le célèbre "Continent de Plastique". Les océans ont toujours été le terrain de jeu des marins, des fous de voile, des passionnés de voyage et de la mer. Ils sont aussi un terrain immense où naviguent les bateaux scientifiques pour y mener des missions d’études aux thèmes variés afin de trouver des réponses à des questions essentielles pour le devenir de la planète. Tara est une goélette d’exploration qui sillonnent les mers et les océans depuis 7 ans avec à son bord des scientifiques internationaux. Elle en est à sa 7ème expédition, "Tara Océans", qui a débuté en 2009. Sa mission : mener les études afin de mieux comprendre l’impact du réchauffement climatique sur les écosystèmes. Propriété aujourd’hui d’Etienne Bourgois, fils d’Agnès Bourgois (marque Agnès B.), Tara a jeté l’ancre le 13 août 2011 pour dix jours dans le port de Papeete, à Tahiti en Polynésie française après avoir mené des missions d’études principales dans deux de ses archipels, une première aux Gambier et une seconde aux Marquises.

La mission aux Marquises

D’Antartica à Tara : un parcours de bateau

Tara est un bateau qui a été conçu par les architectes de Jean Louis Etienne. Il est né de ce désir de dériver dans la glace au niveau du pôle nord pour y faire des mesures de tous genres dans le cadre de missions scientifiques bien ciblées. De son premier nom Antartica, le bateau a été vendu à Peter Blake, un navigateur néo-zélandais qui a en outre remporté la Coupe de l’America pour la Nouvelle Zélande en 1995. Antartica est alors rebaptisé et devient Seamaster. Blake décide de se retirer des courses de voile et de se consacrer aux études environnementales. En décembre 2001, alors qu’il a 53 ans, il est assassiné par des pirates à bord de Seamaster, alors en mission dans l’estuaire de l’Amazonie. La famille Bourgois rachète alors Seamaster, lui donne le nom de Tara. Etienne et Agnès B. mettent la goélette à disposition de la communauté scientifique. Les membres d’équipage sont aujourd’hui rémunérés par le Fonds de Dotation Tara et les scientifiques qui mènet leurs études biologiques ou physiques sont rémunérés par les laboratoires de recherche ou les universités dont ils dépendent.
Elle a démarré le 23 juillet 2011 pour une durée de 15 jours. Avec un "glider" (planeur sous-marin) et des bouées dérivantes, l’objet de cette mission fut d’étudier et de décrire l’écosystème planctonique présent sous le vent des îles et notamment en fonction des apports en fer provenant de celles-ci. “Ce phénomène est très particulier aux Marquises”, explique Fabrice Not, spécialiste en biologie de Station Biologique de Roscoff. “C’est via des photographies satellite que nous avons remarqué qu’à l’Est des îles qui composent l’archipel des Marquises, et donc en aval du courant sud-équatorial, les eaux sont plus riches en fer ce qui permet la croissance du plancton”. Ce phénomène permettra d’éclairer deux théories : le lessivage des sols des îles par les pluies enrichit les eaux en fer et le tourbillon qui se crée en aval du courant, derrière les îles, ferait remonter de l’eau profonde riche en fer. 300 prélèvements de plancton sur chacun des 4 points géographiques ont été effectués. Ils sont partis le 19 août 2011 de Tahiti, par avion. Destination : Frankfurt en Allemagne, une plateforme de l’expédition Tara qui dispatchera les prélèvements dans divers laboratoires d’analyses.

Tara expedition, îles marquises Tara dans une baie de Hiva Oa aux Marquises © Julien Girardot/Fonds Tara

Des tourbillons de 15km de diamètre

Quelle différence avec les autres missions d’études scientifiques sur le plancton ?

Tara Océans est une expédition qui vise à décrire l’écosystème planctonique présent dans tous les océans. “Les missions réalisées avec Tara sont riches. Généralement une campagne menée sur un bateau scientifique se concentre sur un type d’organismes. Nous, sur un point de prélèvement, on va tout étudier : du virus à la larve de poisson”, explique Mathieu Oriot, officier de pont sur la goélette Tara. “C’est vraiment une nouveauté pour une expédition. De plus de part le profilé et l’architecture du bateau, on peut vraiment cibler nos sites d’échantillonnage. En coût (30 000 euros par jour environ pour un bateau océanographique), Tara est 10 fois moins cher, ce qui permet de faire une expédition de trois ans et d’effectuer des prélèvements dans tous les océans du globe, ce qui est difficile à faire avec d’autres types de bateaux.“ Mais Tara a un inconvénient : il pose une limite dans la taille des instruments déployés que d’autres bateaux de recherche océanographique classique peuvent mener. “En cela, Tara est complémentaire à ce qu’on peut faire sur d’autres bateaux”. NDLR: Le coût d'exploitation mis en avant ne tient évidemment pas compte du coût salarial des chercheurs des différents organismes -souvent d'Etat- détachés sur ces missions, ce qui rendrait le chiffre certainement moins attractif.
Sur le ponton de Tara, aux côtés de Fabrice Not, se trouve Pierre Testor du laboratoire LOCEAN Paris et spécialiste des gliders (planeurs sous-marins). Les études physiques qu’il a menées sur les courants marins des Marquises ont permis de positionner précisément les points de prélèvement du plancton dans le cadre des études biologiques de l’expédition Tara Océans. Et Fabrice Not de souligner “que les missions où sont mélangées les études biologiques et physiques sont rares, c’était en tous les cas une première sur Tara !”. Mais contrairement à l’étude biologique dont les premiers résultats seront disponibles dans 12 mois, Pierre Testor dispose déjà des données qui permettent de décrire le sillage de Nuku Hiva : “Différents capteurs ont été mis à l’eau, ce qui nous permet d’avoir les caractéristiques des masses d’eau en aval des îles Marquises balayées par le courant sud équatorial”, précise-t-il. Ce sont ainsi des tourbillons cycloniques de plus de 15 km de diamètre tournant dans le même sens que les aiguilles d’une montre (Hémisphère Sud) qui ont été étudiés par le physicien. Ces gyres, comme les scientifiques l’appellent, sont un phénomène qui a déjà été observé aux îles Canaries.
Tourbillons marquises Le tourbillon en aval des îles balayées par un courant sud-équatorial d’Ouest en Est, est très visible sur les cartes satellite. Sur les cartes, le rouge indique des eaux très vertes, donc chargées en phytoplancton. ©Photo Nasa – Fabrizio D’Ortenzo

Mission aux Gambier : le corail

La mission dans l’archipel des Gambier, dont les axes scientifiques ont été définis par Francesca Benzoni, italienne et spécialiste des récifs coralliens, a permis de faire un inventaire des coraux qui se trouvent là-bas. A raison de deux plongées quotidiennes, des morceaux de corail ont été prélevés dans le lagon mais aussi sur les pentes externes des îles. Ramenés à bord, ils ont ensuite été photographiés pour les répertorier ainsi que tous les organismes vivants qu’ils abritent. Une carotte de corail de 40 cm environ, prélevée sur un Porites par Eric Beraud du Centre Scientifique de Monaco va permettre de dresser l’historique de ce corail jusqu’à 60 ans en arrière. Ce n’est pas la première mission sur les coraux menée par Tara : une première a eu lieu en 2010, à Djibouti avec une étude du golfe de Ghoubbet et à Saint Brandon, un archipel de 60 îles au nord-est de l’île Maurice.
Méduse de 20 cm photographiée après un prélèvement sur récifs coralliens des gambier. (cliquez sur la photo pour l'agrandir) Méduse de 20 cm photographiée après un prélèvement sur récifs coralliens des Gambier. © Eric Rottinger – Noan Le Bescot / Fonds Tara
Copépode bleu vivant dans le micro plancton. prélèvement réalisé aux gambier. (cliquez sur la photo pour l'agrandir) Copépode bleu vivant dans le micro plancton. Prélèvement réalisé aux Gambier. © Eric Rottinger – Noan Le Bescot / Fonds Tara

tous les sites de plongée où ont été prélevés des coraux ainsi que zones prélèvement plancton Sur cette carte apparaissent tous les sites de plongée où ont été prélevés des coraux ainsi que les zones de prélèvement de plancton. © Noan Le Bescot

En route pour “le continent de plastique”

Alors que le bateau a déjà parcouru 80 000 kms avant d’atteindre Papeete, il repart le 23 août 2011 pour une première escale d’une journée, sur l’île de Moorea, séparée de Tahiti par un chenal de 17 km. Là-bas, les équipes de scientifiques et de chercheurs échangeront leurs expériences avec ceux du CRIOBE, le Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement de Polynésie Française. Puis Tara quittera les eaux polynésiennes et fera cap sur Hawaï puis le Continent de Plastique. Des prélèvements particuliers de plancton seront effectués dans ces eaux dans le but de savoir si des bactéries spécifiques se développent sur les plastiques. La mission sera menée par une équipe de chercheurs américains. Le retour de Tara à Lorient, en France, est prêvu pour 2012. Pour cette 7ème expédition, le voilier engagé pour la planète aura parcouru 115 000 km autour du globe pendant deux ans et demi (de septembre 2009 à mars 2012). 42 pays auront été traversés, 100 scientifiques impliqués dans 12 domaines de recherche… Tout cela pour créer une banque de données océanographiques unique, composée d’organismes et de cellules conservés et classifiés : la Biobank. Elle sera accessible à tous, libre de droits, et se veut être une source d’étude pour des générations de chercheurs.

Cécile Flipo

Mathieu oriot, sur le pont du bateau tara en escale à papeete 13 au 23 août 2011Mathieu Oriot, sur le pont du bateau Tara en escale à Papeete du 13 au 23 août 2011. (© Cécile Flipo) Marin polyvalent, plongeur, Mathieu a embarqué sur Tara pour toutes les missions d'étude des récifs coralliens où il gère les plongées. Embauché comme marin, Mathieu est pourtant aussi scientifique : un master en biologie marine, un diplôme universitaire de plongeur biologiste (classe II B). (Source) Fabrice not, à bord de la goélette taraFabrice Not, à bord de la goélette Tara, en escale à Papeete pour quelques jours en août 2011. (© Cécile Flipo) Chercheur à la station biologique de Roscoff, il se penche désormais sur les phénomènes de symbiose du phytoplancton. Et espère pouvoir combiner encore dans le futur, comme pour cette étape sur Tara, le travail biologique avec une démarche océanographique. C'est sa 4ème étape à bord de Tara. (Source) tara03_900.jpgDe gauche à droite, Fabrice Not (chercheur à la station biologique de Roscoff), Pierre Testor Océanographe et physicien au Laboratoire d'Océanographie et du Climat : Expérimentations et Approches Numériques (LOCEAN - UPMC / CNRS / MNHN / IRD), Mathieu Oriot officier de pont et (derrière) Fabrizio d’Ortenzo, océanographe au Laboratoire océanographique de Villefranche sur mer, CNRS/UPMC : les 4 biologistes et océanographes ont participé aux études scientifiques menées en Polynésie française pendant deux mois, une première aux Gambier sur le corail et une seconde aux îles Marquises sur le plancton et les courants.

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