Avez-vous déjà entendu parler de cette expérience en psychologie où un sujet doit désigner des visages menaçants parmi plusieurs ? Au départ, certains visages sont franchement patibulaires, mais au fil des séries, il n’y a plus que des visages doux et souriants, et pourtant, le sujet continue à désigner des "visages menaçants" en s’appuyant sur des détails de plus en plus discrets.
J’ai parfois l’impression qu’il en est de même avec les oreilles. Une plongeuse de 10 ans de notre club n’a pas réussi à descendre à plus d’un mètre à trois reprises, avec trois encadrants différents, à cause de douleurs d’oreilles. Je décide alors de m’occuper personnellement de son cas.
En piscine, elle descend à 1,80 m sans problème, que ce soit en canard ou avec un scaphandre, en faisant une Valsalva réflexe. Mais en mer, dans un endroit calme à 1 mètre de profondeur, elle me signale à nouveau des douleurs.
La séance piscine suivante, un initiateur lui fait refaire des canards en scaphandre, en travaillant sur l’utilisation de la purge arrière. Puis aujourd’hui, en mer, je commence par des canards en apnée avec des consignes de prudence. Elle descend à 3 m sans souci. Ensuite, avec un scaphandre, je lui demande de descendre à 3 m, de s’accrocher à une bouée et de m’attendre. Elle exécute tout parfaitement, et nous avons pu plonger à cette profondeur sans problème.
Le fait de se concentrer sur la technique a peut-être permis de détourner son attention de l’idée fixe des douleurs. Ça me fait penser à cette expérience avec les visages : quand on se focalise sur un problème, on peut finir par le percevoir même là où il n’est plus.